L’agriculture au Maroc : sous l’effet des aléas climatiques

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Si le Maroc est considéré comme étant un pays qui émet de faibles quantités de gaz à effet de serre, il n’en demeure pas moins fragile, quand même, devant les effets néfastes des changements climatiques dus aux spécificités de sa position géographique et à la diversité de ses écosystèmes. Aussi, le Maroc a t-il très tôt pris conscience de cette situation périlleuse tout en se conformant aux mesures entreprises à l’échelle internationale, dans le cadre de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC).

Au Maroc, l’activité agricole représente l’un des piliers de l’économie marocaine. En 50 ans, l’agriculture marocaine a connu une nette évolution et un progrès remarquable en termes de modernisation et de diversification.
Avec quatre millions d’emplois, le secteur agricole est ainsi l’un des principaux secteurs d’activité au niveau national. La population rurale est d’ailleurs estimée à 18 millions de personnes, ce qui représente 49% de l’ensemble des ménages au niveau national.
La part de l’amont agricole dans l’économie nationale est considérable avec 74 milliards de dirhams, ce qui correspond à 14% du Produit intérieur brut (PIB). Malgré des cycles de sécheresse répétés, le PIB agricole a plus que doublé depuis les années 60.
Le Maroc a également amélioré son autosuffisance concernant certaines denrées alimentaires, dans un contexte marqué par une intégration grandissante du marché international. Le Royaume assure ainsi 100% de ses besoins en viandes, fruits et légumes ; 82% de ses besoins en lait, 50% de ses besoins en sucre, 60% de ses besoins en céréales et 20% de ses besoins en huile.
A l’international, les importations agricoles représentent entre 14 et 24% des importations globales. Quant aux exportations agricoles, elles représentent entre 15 et 21% des exportations globales.

Plan Maroc Vert : Quelle vision ?

D’une superficie de près de 8,7 millions d’hectares, la SAU est forte d’une richesse en systèmes agro-climatiques qui lui permet de produire une très large gamme de produits agricoles. L’importance de la superficie des céréales (65% de la SAU) ainsi que la jachère (10% de la SAU), témoignent des énormes possibilités d’intensification et de reconversion. L’extension de la superficie céréalière s’est faite parfois sur des terres marginales rendant l’activité agricole encore plus précaire dans ces zones d’extension. La dominance de la SAU par les céréales rend l’agriculture faiblement diversifiée et par conséquent, plus vulnérable aux aléas climatiques avec toutes ses conséquences sur la variabilité de la production et la croissance du secteur. Pour changer cette situation, le Plan Maroc Vert prévoit un ambitieux programme de reconversion des terres vers des utilisations plus valorisantes, notamment l’arboriculture fruitière et les plantations pastorales.
Alors, grâce à une stratégie nationale agricole bien élaborée,
le secteur agricole contribue à hauteur de 19% du PIB national, partagé entre agriculture (15%) et agro-industrie (4%). Ce secteur emploie plus de 4 millions de personnes dont environ 100 000 dans l’agro-industrie.
Ainsi, la nouvelle stratégie agricole, Plan Maroc Vert (PMV), mise en place par le ministère de l’Agriculture et des pêches maritimes, vise à consolider les succès acquis et à répondre aux nouveaux défis du Maroc en matière de compétitivité et d’ouverture des marchés.
Le contexte mondial marqué par la sécurité alimentaire, le changement climatique, la hausse des prix des produits agricoles, la responsabilisation des producteurs, la lutte contre la pauvreté a imposé au Maroc de revoir sa stratégie agricole dans un sens de mise à niveau, de restructuration et de redéfinition des missions. C’est dans cette perspective que le nouveau Plan Maroc Vert a été élaboré et ce, pour rendre l’agriculture le principal moteur de croissance de l’économie nationale dans les 10 à 15 prochaines années. Ceci avec des retombées importantes en termes de croissance du PIB, de création d’emplois, d’exportation et de lutte contre la pauvreté.
Le Plan Maroc Vert a pour finalité donc la mise en valeur de l’ensemble du potentiel agricole territorial. La nouvelle agriculture marocaine se veut être un secteur ouvert à tous avec des stratégies différenciées en fonction du tissu ciblé.
Le Plan Maroc Vert contribuera au PIB à hauteur de 174 milliards de DH, à créer 1 150 000 emplois à l’horizon 2020 et à tripler le revenu de près de 3 000 000 de personnes du monde rural.
Le Plan Maroc Vert s’articule autour de deux piliers.
Le développement accéléré d’une agriculture moderne et compétitive, vitale pour l’économie nationale, à travers la concrétisation d’un millier de nouveaux projets à haute valeur ajoutée tant dans les productions que dans les industries agro-alimentaires
L’accompagnement solidaire de la petite agriculture à travers la réalisation de 545 projets d’intensification ou de professionnalisation des petites exploitations agricoles dans les zones rurales difficiles, favorisant ainsi une meilleure productivité, une plus grande valorisation de la production et une pérennisation du revenu agricole. Ce second pilier a également pour but la reconversion de la céréaliculture en cultures à plus forte valeur ajoutée (ou moins sensibles aux précipitations) et la valorisation des produits du terroir.Afin de renforcer les projets de ces deux piliers, le PMV s’appuie sur des projets dits transverses consistant en la refonte du cadre sectoriel et l’amélioration des politiques de l’eau, du foncier et de l’organisation interprofessionnelle.
Ce Plan s’articule autour du concept d’agrégation permettant de dépasser les contraintes liées à la fragmentation des structures foncières, tout en assurant aux exploitations agrégées l’accès aux techniques modernes de production, aux financements et aux marchés. Il repose sur la mise en œuvre d’une nouvelle vague d’investissements autour de nouveaux acteurs à forte capacité managériale.
La déclinaison du Plan Maroc Vert en plans agricoles régionaux consiste à construire une vision et une offre agricole régionalisées, respectueuse de l’équilibre entre les deux piliers et permettant de mobiliser des fonds régionaux et nationaux, des organismes de crédit, des investisseurs, ainsi que d’autres bailleurs de fonds désireux de soutenir le Maroc dans la mise en œuvre de ce Plan.
En ce qui concerne l’approche « filière », elle a été retenue par le Plan Maroc Vert comme principe fondamental du développement d’une agriculture performante et intégrée. À l’heure d’un commerce mondialisé et d’une concurrence accrue sur le marché des produits agricoles, l’organisation des filières et la prise en main du développement du secteur par les acteurs privés est une condition nécessaire à l’amélioration de la compétitivité des produits agricoles marocains.
Ainsi, les objectifs de mise à niveau des filières du secteur doivent être portés aussi bien par les pouvoirs publics que par les organisations professionnelles.
Depuis le lancement du Plan Maroc vert, 19 fédérations interprofessionnelles ont été créées et développées, dont 14 représentent les filières végétales et 5 les filières animales, et ayant, chacune, conclu un contrat-programme avec le Gouvernement.

L’économie et la valorisation de l’eau : Quelle stratégie ?

Face à la situation difficile des ressources hydriques qui ne cesse de s’aggraver, l’économie d’eau est désormais un axe incontournable de la nouvelle politique de l’eau du Maroc. Dans ce contexte, le département de l’Agriculture a élaboré une stratégie pour l’économie d’eau et sa valorisation en agriculture irriguée. Cette stratégie considère l’amélioration du revenu agricole comme une condition sine qua non pour sa réussite. Elle se base sur l’amélioration du service de l’eau d’irrigation, le renforcement et l’adaptation du système de financement et d’incitation à l’économie d’eau, l’amélioration de l’aval agricole sous tous ses aspects (organisation, partenariat, contrats de cultures, etc.), et le développement d’un conseil de proximité en matière de conception des systèmes d’irrigation économes d’eau et d’appui à l’amélioration de la productivité. L’objectif ultime étant une gestion conservatoire et durable des ressources en eau limitées, la durabilité de l’agriculture irriguée et le renforcement de son rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du pays. Cette stratégie s’articule autour des grands axes d’intervention suivants :
La modernisation de l’agriculture irriguée à travers le développement de l’irrigation localisée à grande échelle par le biais de reconversion des techniques d’irrigation existantes et à efficience limitée, notamment le gravitaire.
L’objectif fixé est d’équiper en irrigation localisée près de 50% de la superficie totale aménagée au niveau national. Pour cela, le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) s’inscrit dans les mesures transverses du Plan Maroc Vert. Il vise en effet à atténuer la contrainte hydrique, considérée comme le principal facteur limitant à l’amélioration de la productivité agricole. Ce programme consiste en une conversion massive de l’irrigation de surface et par aspersion à l’irrigation localisée, sur une superficie de près de 550.000 ha pendant une période de 10 ans ; soit un rythme d’équipement moyen de près de 55.000 ha/an.
La valorisation des ressources en eau mobilisées par les barrages à travers la résorption du décalage entre les superficies dominées par les barrages réalisés et les superficies équipées qui s’établit à 108.440 ha. Ce gap d’équipement est principalement situé dans le bassin du Sebou.
Le renforcement de la maintenance et de réhabilitation des réseaux d’irrigation des périmètres collectifs pour assurer un meilleur service de l’eau et la pérennité des équipements.
La réforme institutionnelle du secteur de l’irrigation, notamment de la grande irrigation, afin d’améliorer sa compétitivité et ses performances et de valoriser au mieux l’eau, et ce à travers l’encouragement de partenariat public-privé pour la gestion des périmètres collectifs d’irrigation.
La poursuite des efforts visant la promotion de la gestion participative de l’irrigation, notamment dans les périmètres de PMH, pour impliquer et responsabiliser les usagers dans la gestion des réseaux d’irrigation et la valorisation de l’eau.

L’agriculture irriguée

L’agriculture irriguée s’est imposée comme composante de l’économie nationale et régionale en tant que levier de production de richesses et de création d’emplois. En effet, l’agriculture irriguée au Maroc, bien qu’elle n’occupe que 15 % des superficies cultivées contribue à environ 45 % en moyenne de la valeur ajoutée agricole et intervient pour 75 % des exportations agricoles. Cette contribution est plus importante pendant les années de sècheresse où la production des zones Bour est sévèrement affectée. Durant la campagne 1994-1995, année sèche, cette contribution s’est par exemple située à 70% de cette valeur ajoutée.
Le secteur irrigué contribue en moyenne à hauteur de 99% pour la production de sucre, 82% pour les cultures maraîchères, 100% pour les agrumes, 75% pour les fourrages et 75% pour le lait. En outre, ce secteur assure près de 120 millions de journées de travail par an, soit environ 1 million 65 mille emplois dont 250 mille permanents. A cela il faut ajouter l’amélioration des revenus des agriculteurs qui, grâce à l’avènement de l’irrigation, ont été multipliés par 5 à 13 fois selon les périmètres, le désenclavement et l’accès aux autres services publics communaux comme l’eau potable, l’électrification, etc., ainsi que les retombées importantes à l’amont sur les secteurs des travaux publics, de l’industrie et des services, et à l’aval sur le secteur de l’agro-industrie.
Le poids du secteur de l’irrigation dans l’économie nationale est tel que la gestion rationnelle des infrastructures hydro-agricoles mérite une attention toute particulière.
Grâce aux efforts conjugués du département de l’Agriculture et des professionnels du secteur agricole, l’évolution du PIBA affiche un trend haussier depuis l’année 2000. La mobilisation active de tous les acteurs autour de la nouvelle stratégie Plan Maroc Vert, qui a positionné le secteur agricole au centre de l’économie en tant que moteur de la croissance, a permis au secteur agricole de résister à la crise financière internationale.
En effet, la surface des terres irriguées au Maroc avoisine 1.6 millions d’hectares dont 1.46 millions d’hectares irrigués d’une manière pérenne répartis en Grande Hydraulique (GH) 682 600 ha, en Petite et Moyenne Hydraulique, y compris les oasis, (PMH) 334 130 ha et en Irrigation Privée (IP) 441 430 ha (AGR, 2009). L’agriculture irriguée marocaine qui n’occupe que 15% de la surface agricole utile totale, contribue à environ 45% de la valeur ajoutée agricole en année moyenne, et jusqu’à 70% en année sèche. Elle produit en valeur 75% des exportations agricoles. Pour dire que l’importance de ce levier Irrigation dans la stratégie de développement économique du Maroc est vraiment significative. Pourtant, une baisse de la pluviométrie accompagnée de l’accroissement de la demande en eau des différents secteurs ont fait que le Maroc ne dispose que d’un volume d’eau mobilisable de 22 milliards de m3/an, soit environ 700 m3/habitant/an. Ce bilan divise l’opinion des experts en deux constats : Ceux qui parlent d’une situation de stress hydrique structurel. Tandis que d’autres évoque le problème de gestion rationnelle et d’économie d’eau.
Pour faire face à ce défi, le Royaume du Maroc a mis en marche le Programme National d’Économie et de Valorisation de l’Eau en Irrigation tout en s’inscrivant dans la volonté politique du Plan Maroc Vert de faire de l’Agriculture un pilier de la croissance de l’économie marocaine.
L’objectif du PNEEI est de doubler la valeur ajoutée par unité d’eau, notamment en modernisant les réseaux collectifs d’irrigation et en reconvertissant en irrigation localisé 555 000 ha dans les périmètres de Grande Hydraulique et les zones d’irrigation individuelle privée, par des mécanismes de soutiens et d’incitations de l’état aux investissements d’économie d’eau. Aussi, des projets de reconversion sont déjà mis en œuvre.
Mais les périmètres de Petite et Moyenne Hydraulique, face à un certain nombre de contraintes (morcellement des terres, irrégularité et rareté des ressources en eau…), connaissent également de grands changements (présence plus significative de l’arboriculture fruitière, intensification, introduction des techniques d’irrigations économes en eau…). Souvent perçus comme étant «traditionnels», il s’y joue pourtant aussi des enjeux de modernisation.
Les experts en la matière se réunissent de temps en temps pour mettre en exergue cette problématique d’économie d’eau. Ainsi , des séminaires ont été organisés en collaboration par l’ANAFIDE et l’AFEID ou par d’autres organisations professionnelles, pour mettre en place une plateforme de dialogue entre gestionnaires, usagers, chercheurs et décideurs, sur la base de premiers retours d’expériences de projets pilotes marocains de reconversion, éclairés par des expériences à l’international de projets d’économie d’eau pour l’agriculture.

 

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