Le nouveau Président de la FMCI place le BTP sous de bons augures

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Nabil BENAZZOUZ, Président de la Fédération Marocaine du Conseil et de l’Ingénierie « FMCI ».

Aujourd’hui, la FNBTP et la FMCI unifient leur force pour mettre en œuvre un deuxième contrat programme solide et bénéfique pour les entreprises de construction. D’autant plus que l’élection d’un grand homme à la tête de la FMCI, le 10 Décembre 2016, Mr Nabil Benazzouz, place le secteur de la construction sous de bons augures.

Magazine Innovant : Pouvez-vous nous parler de votre activité vous permettant de vous regrouper dans une fédération? Quelles sont exactement vos missions ? Et quels sont vos clients ?
Nabil BENAZZOUZ: Près de 600 sociétés opèrent dans le conseil et l’ingénierie et génèrent un volume d’affaires d’environ 4,5 milliards de DH par an. Plus de 250 des plus importantes d’entre elles concentrant 90 % de ce volume d’affaires adhérent à la Fédération Marocaine du Conseil et de l’Ingénierie « FMCI ».
Elles emploient près de 10 000 salariés dont 65 % d’ingénieurs et cadres universitaires et sont implantées dans tout le territoire national avec une concentration de 65 % pour les deux régions de Rabat et Casablanca.
Le Conseil et l’ingénierie interviennent dans l’ensemble des projets d’investissement BTP sous forme d’études, d’assistance technique, de contrôle ou d’essais portant sur la faisabilité, la conception, la réalisation et la gestion des projets depuis leur implantation jusqu’à leur mise en service, voire leur exploitation et maintenance.
Dans le contexte actuel d’optimisation des ressources, le conseil et l’ingénierie de part son accompagnement de l’ensemble du cycle de vie des projets constitue plus que jamais un acteur essentiel dans l’efficience et l’efficacité des projets d’investissement.
Ils accompagnent ainsi la dynamique que connait le secteur BTP depuis presque deux décennies à travers les programmes ambitieux d’urbanisation et d’infrastructures lancés par le Maroc : Nouvelles villes, Autoroutes, Voies ferrées, Ports, Barrages, accélération industrielle….et aussi dans la région et le continent.
La FMCI a procédé il y a une année à une revue globale de son système de gouvernance en se dotant d’une nouvelle organisation à même de valoriser davantage la représentativité régionale et sectorielle dans une approche de plus en plus collégiale et concertée.
Un bureau national largement représentatif qui s’appuie désormais sur :
Cinq commissions statutaires :
– Commission Organisation de la profession;
– Commission Marchés du conseil et de l’ingénierie ;
– Commission juridique et fiscale ;
– Commission Communication et relations publiques ;
– Commission Relations avec les pouvoirs publics et professionnels.
Et cinq autres dites de mandat :
– Commission Développement compétitif
– Commission Manifestations scientifiques techniques et sociales
– Commission Mutualisation et partenariat au Maroc et à l’étranger ;
– Commission Innovation et Développement Durable.
– Commission Contrat programme.
Chacune de ces commissions, animée par deux membres du bureau national –rassemble un groupe de travail formé de volontaires de la FMCI et aussi de ressources externes spécialisées.
Le Bureau national dispose d’un organe consultatif appelé « Conseil national » formé de membres de bureaux des associations régionales et sectorielles et lui assurant conseil et relais auprès des instances locales.
La FMCI fédérant plusieurs associations régionales couvrant l’ensemble du territoire national et regroupant aussi quatre associations sectorielles : Association du Bâtiment AMCIBAT, Association des bureaux de conseils ABCF, Association des laboratoires BTP AMLEC, Association de l’ingénierie informatique ACETI a renforcé cette organisation par des rencontres régionales et sectorielles de concertation et d’échanges en confirmant ainsi la pertinence des synergies existant entre ces différentes composantes qui opèrent dans le conseil et la maitrise d’œuvre technico managériale des projets d’investissement.

M.I. : Qu’entendez-vous par ‘’ Ingénierie de proximité’’ ?
N. B.: Etre à l’écoute des besoins spécifiques d’une région ou d’une communauté, aider à les identifier et les formuler en termes intelligibles, adapter avec pertinence les outils de conseil et d’ingénierie au contexte des dits besoins, apporter des solutions personnalisées et sur mesure, … telles sont quelques approches qui caractérisent un conseil et une ingénierie de proximité.
Cette proximité devant s’opérer à plusieurs niveaux de la plus petite communauté nationale, à la région, au pays, à la sous région continentale, au continent, … Il s’agit là de repenser le savoir faire pour le mettre en continu au service de la pertinence des réponses apportées et des éco systèmes locaux. La diversité dans les activités, l’implantation et la taille des cabinets de conseil et d’ingénierie est à même de favoriser cette dynamique de proximité.
D’autant plus que c’est cette approche de proximité qui est et restera la plus sollicitée par nos partenaires en Afrique et devra constituer l’avantage concurrentiel de l’offre « Maroc ».

M.I. : Quel rôle joue votre Fédération pour le développement du secteur de la construction?
N. B.: Chaque fois qu’elle est consultée, la FMCI émet son avis et contribue dans la conception, l’élaboration et le suivi des programmes stratégiques de développement, des textes réglementaires et organisationnels relatifs au BTP.
La FMCI en tant qu’instance fédératrice a instauré depuis sa création voilà maintenant plus de quarante ans un cadre approprié pour participer à la promotion, développement et régulation de cette ingénierie favorisant ainsi une meilleure contribution au développement économique du pays. Elle participe activement à l’animation et la promotion de l’état de l’art dans le secteur de la construction et du BTP de manière générale à travers les manifestations scientifiques et techniques qu’elle organise régulièrement : journées techniques, séminaires, conférences, journées sensibilisation – formation,…
Elle accompagne aussi les efforts de décentralisation et de régionalisation à travers la création et le développement de représentations régionales à même d’assurer la coordination et l’exécution du plan d’action de la fédération au niveau de la région, son harmonisation sur tout le territoire national et apporter des réponses de proximité spécifiques aux attentes de la région.
Par ailleurs et de par la nature de ses prestations, le Conseil et l’ingénierie se trouvant au cœur de tout effort visant la préservation et la valorisation du patrimoine urbain et infrastructurel, la FMCI s’est naturellement et volontairement engagée depuis mars 2010 dans la préservation de l’environnement et le développement durable. Cet engagement a été partagé avec les autres professionnels dans le cadre de l’Alliance nationale du Bâtiment durable initiée à l’occasion de la COP21 par le Ministère de l’Habitat et la Politique de la Ville en regroupant tous les professionnels de la construction :, le CNOA, la FMCI, la FNBTP, la FMC la FNPI et concrétisée à la COP22 organisée à Marrakech.
Elle contribue également à la promotion du secteur BTP Marocain auprès des instances étrangères dans le cadre des relations et protocoles de coopération qu’elle a tissés avec diverses organisations homologues étrangères : SYNTEC INGENIERIE (France), TECNIBERIA (Espagne), OICE (Italie), AIFE (Egypte), Fédération Internationale du Conseil et de l’Ingénierie FIDIC, Fédération de Conseil Arabo Africaine – FCAA dont elle abrite le siège et aussi auprès de bailleurs de fond importants comme la Banque Islamique de Développement – BID, la Banque Arabe pour le Développement Economique de l’Afrique – BADEA,…
Elle a participé également à certaines missions et actions à l’export et a co animé un certain nombre de manifestations du secteur BTP et des éco systèmes y afférents.

M.I. : L’avis de vos bureaux en conseil d’ingénierie est-il pris en considération dans le cycle de construction, depuis la phase d’étude jusqu’à la réalisation et la livraison du projet ?
N. B.: C’est le cas dans beaucoup de projets, mais nous souhaitons que cet avis soit systématiquement sollicité de la planification, conception, réalisation, exploitation, maintenance jusqu’à l’évaluation. Nous estimons que ce sont les deux phases d’extrémités du cycle : « planification » et « évaluation » qui connaissent souvent l’absence ou l’insuffisance du recours à nos prestations. Au moment où ces deux phases sont déterminantes pour l’inscription de la gouvernance et management de projet dans la dynamique de progrès continu.

M.I. : Quelles sont vos limites d’intervention par rapport aux architectes dans le cycle du projet ? Y a-t-il un enchevêtrement de compétences ?
N. B.: En fait, dans tout projet de construction, il y a deux maitrises d’œuvre :
• Une maitrise d’œuvre architecturale menée par les architectes; et
• Une maitrise d’œuvre technique multi spécialités menée par les bureaux de conseil et d’ingénierie.
Cette répartition, naturelle de par les spécificités des métiers, est d’autant plus pertinente que de nos jours, les constructions deviennent de plus en plus complexes et techniques : évolution des structures, développement technologique des matériaux et procédés de mise en œuvre, exigences d’efficacité énergétiques,…
Bien sûr ce schéma n’est pas toujours adopté dans nos projets, ce qui engendre des situations déséquilibrées et de distorsion entre le niveau de rémunération de l’ingénierie et celui de la responsabilité.
Actuellement et à l’occasion des réflexions sur les textes d’application de la loi 66/12, des travaux de concertations ont été entamés entre les différents intervenants représentés par la FMCI, le CNOA , l’ONIGT et la FNPI et devront aboutir entre autres à un cahier de chantier qui sera accompagné d’une matrice des rôles, missions et responsabilités de chaque intervenant et bien d’autres dispositions.

M.I. : Quelle est la position de la Fédération par rapport à la loi 66-12 ? Et jusqu’à quelle limite vos bureaux d’études sont responsables dans les chantiers ?
N. B.: Nous avions exprimé officiellement notre position dans une note officielle adressée en mars 2017 au Ministère de l‘Aménagement du territoire de l’époque et nous avions tenu une série de réunions de concertations avec le dit ministère et les autres professionnels. A notre demande, ces concertations ont été reprises dernièrement avec le MUATHPV en présence toujours des autres professionnels pour examiner les projets de textes d’application proposés et les amender.
En tout cas, notre position consiste à :
• insister sur la définition des rôles, missions et responsabilités des différents intervenants dans l’acte de bâtir qui est à même de secréter le processus idoine de gouvernance des projets et chantiers de bâtiment. Nous avons ainsi revisité le cycle de vie de tout projet pour en dégager les points de vigilance et par suite l’opportunité d’intervention de l’acteur pertinent et les supports de suivi correspondants : cahier de chantier, procès verbaux de réunion, de visite,…
• profiter de l’aspect documentation et formalisation qu’introduit la nouvelle loi pour acter ces responsabilités et en laisser les traces et ce à chaque phase du processus de l’acte de bâtir;
• Valoriser le conseil et l’ingénierie organisés (bureaux d’ingénierie agréés et laboratoires qualifiés/classés).
Une fois les responsabilités bien définies et délimités chaque intervenant devra gérer les risques de ses prestations. Et c’est ce que nous avons anticipé en procédant à la signature en mai 2017 d’une convention avec une compagnie d’assurance pour gérer la couverture de manière mutualisée des risques auxquels nos adhérents peuvent y être exposés à l’occasion de leur exercice quotidien : risques civils, risques liés au métier, au personnel, …

M.I. : Qu’en est-il de la formation des ingénieurs au Maroc ? La formation dans nos écoles d’ingénieurs est-elle en adéquation avec les exigences du marché d’emploi ? Et quel est l’avis de votre Fédération par rapport aux écoles privées de formation d’ingénieur surtout en BTP (ingénieur structure béton armé par exemple) ?
N. B.: La FMCI participe activement dans la formation et le développement compétitif des ressources nécessaires à l’évolution et l’épanouissement du secteur BTP. Elle a ainsi établi ces dernières années des conventions et des accords avec des universités et organismes de formation visant une participation active des membres de la FMCI dans les programmes de formation d’ingénieurs et de licences professionnelles et l’accueil de stagiaires en vue d’une formation duale à même d’assurer l’adéquation escomptée des profils formés aux besoins réels du secteur.
Depuis janvier 2017, la FMCI siège au sein du conseil d’établissement de l’Ecole Hassania des Travaux Publics EHTP.
Nous comptons aussi lancer au début 2018 une étude stratégique d’adéquation des ressources du conseil et d’ingénierie aux besoins des projets BTP dont les données de sortie seront à même de permettre de déterminer les écarts en plus ou en moins à résorber dans le temps en chaque profil et de mieux orienter les établissements de formation.
Je crois que le problème ne se pose pas en termes de « public » ou « privé » mais plutôt en termes de rigueur de sélection à l’accès, de qualité de la formation et de la fiabilité de l’évaluation continue des établissements de manière générale qu’ils soient publics ou privés.

M.I. : Le secteur du BTP connait au Maroc environ 60 000 accidents par an dont 2000 morts. En tant que Fédération des ingénieurs et des techniciens, la majorité en BTP, comment peut-on éviter ces drames dans nos chantiers de construction ?
N. B.: Plusieurs initiatives ont été entreprises par les différents intervenants dans les chantiers BTP pour maitriser les risques et atténuer la fréquence et la gravité des accidents de chantier. En 2017 la FMCI a été co signataire avec le Ministère de l’emploi, celui de l’équipement et de l’habitat ainsi que les autres professionnels et syndicats d’une charte nationale de sécurité dans les chantiers.
De plus, je crois qu’au delà de la sensibilisation, la composante sécurité devra être introduite dans la trame de fond de l’organisation de tout chantier en exigeant systématiquement des plans de protection de santé et sécurité et veillant sur leur réélle application sur le terrain. Elle devra également faire l’objet de formations initiales et continues chez les collaborateurs de tout intervenant sur chantier.

M.I. : Comment trouvez-vous le phénomène des effondrements de nos bâtiments au Maroc ? Y a-t-il une solution pour éviter ces catastrophes qui ne sont pas malheureusement naturelles mais hélas de cause humaine ?
N. B.: Effectivement, il est triste de constater la perte de vies humaines pour des raisons pouvant être évitées ou du moins atténuées.
Je crois que trois mots d’ordre doivent régner pour éviter ces malheureux événements :
1. Rigueur chez tous les acteurs : pouvoirs publics, promoteurs, professionnels, usagers ;
2. Responsabilisation de tous les acteurs et dissuasion;
3. Citoyenneté et appartenance à manifester par tout un chacun.

M.I. : Par quoi voulez-vous conclure cette interview ?
N. B.: Comme vous le savez, tout chemin de quête du progrès est miné d’entraves et d’obstacles …Mais, je crois que ceci constitue pour nous, professionnels du conseil et de l’ingénierie et de par la nature de notre métier, de nouveaux défis à relever interpellant davantage d’imagination et d’innovation dans nos approches et nos méthodes de travail.
Nonobstant ces approches et ces efforts propres, le conseil et l’ingénierie restent néanmoins tributaires de l’avènement d’une volonté collective d’amélioration des réglementations à adopter dans le secteur du BTP en formalisant et harmonisant davantage le rôle et responsabilité de chaque intervenant et les interfaces régissant leurs relations, d’une revalorisation et reconsidération de la prestation intellectuelle dont le conseil et l’ingénierie.
La dangereuse tendance à la baisse observée ces dernières années dans l’estimation du cout de ces prestations constitue un frein majeur au développement d’une ingénierie nationale performante et attractive à même de capitaliser les expériences acquises, d’innover et de fidéliser les compétences formées.…
Les modalités de dévolution et gestion des marchés dont les délais de paiement pénalisent souvent des pans entiers d’opérateurs du secteur et notamment les structures de petite et moyenne taille souvent dotées d’un niveau d’expertise pointu et de proximité …
Nous sommes ouverts à tout transfert technologique positif, tout partenariat gagnant-gagnant à même de faire évoluer les prestations du conseil et d’ingénierie au Maroc et dans la région, mais nous ne pouvons jamais admettre une concurrence étrangère purement commerciale agressive par ses prix bas dictés par une conjoncture difficile dans le pays de la structure mère et profitant de profils et compétences formés par nos cabinets nationaux.
Pour contrer cette situation, il faut d’abord une réforme des textes réglementaires d’accès à la commande publique, une préférence nationale systématiquement appliquée et un accompagnement des opérateurs nationaux pour qu’ils soient mieux outillés pour faire face à la concurrence et ce par des incitations fiscales à l’innovation, au recrutement des jeunes, à l’export …
Toutes ces mesures et recommandations et bien d’autres couvrant l’ensemble des préoccupations de notre profession sont traitées au sein du contrat programme que la FMCI s’apprête à ratifier avec la Fédération Nationale du Bâtiment et Travaux Publics « FNBTP » et devant lier ces deux fédérations aux pouvoirs publics en vue du développement du secteur de la construction. Ce contrat sera probablement opérationnel au cours du premier semestre 2018.
C’est un projet qui a été longuement muri à travers une étude stratégique participative et interactive qui a duré quatre ans.
Il est articulé autour de deux axes essentiels :
• Le développement compétitif du secteur du conseil et de l’ingénierie ;
• La quête de l’excellence au Maroc et à l’export.
Il couvre tous les aspects liés à l’exercice de la profession et dresse un cadre formel et une référence officielle de résolution des problèmes susceptibles de freiner le développement des cabinets de conseil et d’ingénierie.
Il sera signé avec le Chef du Gouvernement et tous les départements ministériels concernés au nombre de 11.
Le grand défi qui devra être relevé maintenant est de se préparer « pouvoirs publics et professionnels » à l’implémentation de cet ambitieux programme pour que notre pays et la profession puisse cueillir les premiers fruits de cet accord.
Néanmoins notre fédération n’a pas attendu l’avènement de ce programme pour agir, elle a ainsi anticipé avec les pouvoirs publics sur un certain nombre de chantiers intéressant la profession comme le système d’agrément et sa refonte, les honoraires, les délais de paiement, la gestion technico administratif et financière des marchés,, le code de la construction, …

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