Tourisme : Dommage que la Vision 2020 ne soit pas au rendez-vous!

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Fort de ses acquis, le tourisme marocain devient un grand séducteur des touristes internationaux et nationaux, grâce à ses richesses naturelles regroupant les 3000 heures de soleil par an, les chaines montagneuses, l’infini du désert, l’horizon des mers, la convergence des cultures et des civilisations, les traditions et les coutumes…Cependant, l’exploitation de façon intelligible de ces richesses naturelles fait défaut, selon le rapport annuel de la cour des comptes au titre des années 2016-2017, rendu public le 27 Août 2018.

Ministère du Tourisme : Des moyens au diapason de la Vision 2020 ?

Le pays compte multiplier par trois le nombre de voyageurs internationaux alors que les recettes touristiques vont être portées à 140 milliards de dirhams (MMDH) en 2020, soit une somme cumulée sur la décennie proche de 1 000 milliards de dirhams.
Ainsi, l’objectif principal de la « Vision 2020 » est de doubler les arrivées touristiques, en triplant le nombre des voyageurs internationaux pour atteindre près de 18 millions de touristes, eu égard à la clôture de l’année 2010 (9,2 millions de touristes), ce qui va positionner le Maroc parmi les 20 premières destinations touristiques mondiales (le pays occupe la 26ème position selon le classement de l’OMT en 2009). Tels étaient quelques objectifs parmi d’autres de la Vision 2020.
Cependant, le Rapport annuel de la Cour des comptes au titre des années 2016-2017 qui a été rendu public le lundi 27 Août 2018 et qui a été présenté à Sa Majesté le Roi Mohammed VI, et dont l’un de ses chapitre est réservé à la Gestion du Département du Tourisme, n’a pas été de bon augure pour les professionnels.
En ce qui concerne, les dysfonctionnements relatifs à la gestion du département du Tourisme sont facilement à repérer, sans même revenir au bilan du contrôle effectué par la cour des comptes qui s’est manifestée selon la loi n°62.99 formant code des juridictions financières. En effet, le rôle de ces juridictions financière est d’améliorer et rationaliser la gestion publique et promouvoir la culture de la reddition des comptes par le biais des contrôles exercés.
Alors, qu’est-ce que le Ministère du Tourisme a comme moyens, humains, financiers et matériels, pour réaliser les objectifs tracés dans la Vision 2020 ?
Selon ce fameux rapport publié au titre des années 2016-2017, au mois d’Août, le Ministère du tourisme dispose d’un effectif global, arrêté en fin 2016, à 1340 fonctionnaires, dont 25% affectés à l’administration centrale, 55% dans les établissements de formation en hôtellerie et tourisme, et 20% dans les services extérieurs du Ministère. Le ministère a été doté en 2016 d’un budget global de 800 MDH, dont 175 MDH comme masse salariale et 500 MDH de subventions, à raison de 300 MDH à l’ONMT, 145 MDH à la SMIT et 55 MDH aux instituts de formation. Par ailleurs, le Ministère dispose de 7 délégations régionales, dont dépendent 17 délégations provinciales. Et il gère 11 instituts de formation en hôtellerie et tourisme, 4 centres de qualification professionnelle, ainsi que l’Institut Supérieur International du Tourisme de Tanger (ISITT), qui sont tous constitués en services de l’Etat gérés de manière autonome recevant quasiment la totalité de leurs budgets de la part du Ministère. Le département assure aussi la tutelle de deux organismes publics, à savoir l’Office National Marocain de Tourisme (ONMT) et la Société Marocaine d’Ingénierie Touristique (SMIT). Tous ces moyens n’ont pas empêché le verdict apocalyptique de tomber sur le département du tourisme, selon la loi n°62.99 formant code des juridictions financières permettant un contrôle de gestion du département en question.

Vision 2020 : Quelles anomalies ?

Il est à rappeler que la vision 2020 projette la création de 200.000 nouveaux lits portant la capacité globale à près de 374.180 lits, soit un taux de croissance annuel moyen de 7,9%. Elle s’est fixée comme objectif également de générer 140 milliards de dirhams de recettes, ce qui correspond à un taux de croissance annuel moyen de 9,6%.
Cependant, la Cour a relevé que la stratégie de développement touristique «Vision 2020» a été élaborée sans capitaliser sur les acquis de celle qui l’a précédée, et a été marquée par un optimisme excessif des objectifs fixés, alors que l’impact de la crise économique mondiale de 2008 était déjà ressenti au niveau des principaux marchés émetteurs. Pour la mise en œuvre de la stratégie «Vision 2020», des instances de gouvernance ont été prévues, aussi bien au niveau national (Conseil National de Tourisme «CNT») qu’au niveau local (huit Agences du Développement Touristique «ADT»). Toutefois, ces instances n’ont toujours pas vu le jour. Dans le même cadre, des contrats programmes régionaux (CPR), constituant la déclinaison de la stratégie au niveau régional, et deux programmes phares baptisés «Qariati» (programme de développement intégré du tourisme rural et de nature) et «Mdinti» (programme intégré de développement touristique du produit culturel et artisanal dans les médinas) ont été prévus. Ainsi, l’analyse de l’état d’avancement des projets prévus par les CPR montre un faible taux de réalisation. En effet, les 15 CPR signés prévoient la réalisation de 944 projets touristiques avec un montant total de plus de 151 MMDH. Cependant, à fin 2015, seulement 37 projets ont été réalisés pour un montant de près de 1,4 MMDH, soit un taux de réalisation de moins de 1%. En ce qui concerne les programmes «Qariati» et «Mdinti», conçus par la SMIT, et considérés comme instruments de mise en œuvre de la stratégie nationale du tourisme, aucune action n’a été concrétisée.
D’autant plus qu’il a été prévu, dans le cadre de la Vision 2020, la mise en place d’un Programme National pour l’Innovation et la Compétitivité Touristique portant, entre autres, deux volets : le premier concerne l’accompagnement des PME touristiques, alors que le deuxième s’intéresse à l’amélioration de l’encadrement de l’activité touristique. En ce qui concerne le premier volet, deux dispositifs d’appui ont été mis en place dans le cadre de la Vision 2020 : «Moussanada Siyaha» et «Renovotel». Toutefois, leur bilan a été très en deçà des attentes.
En effet, sur des enveloppes respectives prévisionnelles de 420 MDH et 500 MDH, seulement 1,91 MDH et 35,4 MDH ont été engagées. Quant au volet portant sur l’encadrement de l’activité touristique, la modernisation du corpus légal et réglementaire a été lancée pour les principaux métiers du tourisme, en l’occurrence l’hébergement, la distribution (les agences de voyages) et le métier de guide de tourisme, sans que, toutefois, ne soit enregistrée une réelle avancée. Il en est de même pour le chantier de la structuration et de l’accompagnement des fédérations et des associations métiers, qui est l’un des axes majeurs du programme national pour l’innovation et la compétitivité touristique, et qui ne connait pas des avancées significatives.
Le PIB touristique devrait croître de deux points, générant 470.000 nouveaux postes d’emplois directs sur l’ensemble du territoire national, dans la perspective d’employer au terme de la décennie 1 million de marocains. L’objectif reste d’accroître de deux points la part du PIB touristique dans le PIB national pour atteindre près de 150 milliards de dirhams en 2020.
Dommage que la Vision 2020 ne soit pas au rendez-vous !

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