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Le gouvernement se joue maintenant

Les urnes ont parlé. Mais elles n’ont pas livré de majorité clé en main. Et c’est précisément là que commence le vrai exercice politique.

Avec 97 sièges, le PAM arrive en tête. Le RNI en obtient 66, l’Istiqlal 65 et le PJD 54. Sur le papier, la première équation est presque écrite : PAM, RNI et Istiqlal disposent ensemble de 228 sièges, soit une majorité confortable à la Chambre des représentants.

Scénario numéro un : reconduire la majorité sortante, mais changer de pilote. C’est l’hypothèse la plus simple arithmétiquement : les trois formations ont déjà gouverné ensemble et connaissent les mécanismes de la coalition. Cette fois, le PAM serait appelé à prendre la tête de l’exécutif. Mais le problème est politique : reconduire les mêmes partenaires après le recul du RNI et de l’Istiqlal reviendrait à demander au nouvel attelage de faire oublier un bilan dont les électeurs ont précisément modifié les rapports de force.

Scénario numéro deux : élargir et recomposer. Le PAM pourrait chercher une majorité différente, en associant par exemple l’Istiqlal, le Mouvement populaire et l’USFP. L’ensemble atteindrait 217 sièges. L’équation donnerait davantage l’image d’un renouvellement, mais au prix d’une coalition plus large, donc potentiellement plus difficile à piloter. Plus de partenaires signifie aussi plus de négociations, plus d’arbitrages et, surtout, davantage de risques de dispersion du programme gouvernemental.

Scénario numéro trois : intégrer le PJD. PAM, Istiqlal et PJD totaliseraient 216 sièges. Mathématiquement, l’équation fonctionne. Politiquement, elle serait beaucoup plus complexe compte tenu des divergences historiques entre les deux principales formations. Le retour du PJD avec 54 sièges change néanmoins la donne parlementaire : après son effondrement en 2021, le parti retrouve une capacité d’influence qu’il pourrait choisir d’exercer depuis l’opposition.

Mais derrière ces scénarios, une question beaucoup plus sérieuse se pose : quel gouvernement pour quelle économie ?

Car le prochain exécutif ne disposera pas du luxe d’une longue période d’installation. Les dossiers sont déjà sur la table : emploi, investissement, pouvoir d’achat, réforme de l’administration, santé, éducation, compétitivité des entreprises, politique industrielle, transition énergétique et grands projets d’infrastructures.

Le monde économique ne regardera donc pas uniquement la liste des ministres. Il observera la méthode, la cohérence et la capacité à décider.

Le risque serait de transformer les négociations gouvernementales en marché des portefeuilles. Un ministère pour une formation, une présidence pour une autre, quelques arbitrages pour maintenir l’équilibre interne : cette logique peut produire une coalition parlementaire. Elle ne garantit pas un gouvernement efficace.

Le véritable enjeu est ailleurs : combien de compromis politiques le prochain gouvernement pourra-t-il absorber avant que le compromis ne devienne immobilisme ?

La Constitution impose d’ailleurs une étape décisive : après la désignation des membres du gouvernement, le programme gouvernemental doit être présenté devant les deux Chambres et soumis au vote de confiance de la Chambre des représentants, à la majorité absolue de ses membres.

Autrement dit, la majorité devra être plus qu’une addition de sièges. Elle devra être capable de défendre un programme commun.

Et c’est probablement là que se jouera la véritable bataille.

Car une coalition peut facilement se mettre d’accord sur la répartition des postes. Elle aura beaucoup plus de mal à s’accorder sur les réformes qui coûtent politiquement, sur les arbitrages budgétaires qui fâchent, ou sur les secteurs où il faudra choisir entre urgence sociale et discipline financière.

Le prochain gouvernement sera ainsi confronté à une double exigence : produire de la stabilité politique sans sacrifier l’efficacité économique.

Avec une participation nationale de 38,08 %, la question de la confiance dépasse d’ailleurs les seuls équilibres parlementaires. La nouvelle majorité devra également démontrer qu’elle peut reconnecter l’action publique avec les attentes concrètes des citoyens et des entreprises.

Les élections ont changé la hiérarchie des partis. Elles n’ont pas encore déterminé la nature du prochain pouvoir.

Le premier test du nouveau gouvernement ne sera donc pas sa composition. Ce sera sa capacité à transformer une majorité de sièges en majorité d’action.

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Le temps de changer le discours politique

À quelques jours des élections législatives du 23 septembre 2026, le Maroc entre dans une nouvelle séquence politique. Mais au-delà des urnes, des alliances et des rapports de force entre partis, une question mérite d’être posée : le discours politique marocain est-il encore en phase avec les attentes d’une société qui a profondément changé ?

La question n’est pas anodine. Les citoyens ne vivent plus la politique comme il y a dix, quinze ou vingt ans. Ils disposent d’un accès immédiat à l’information, comparent les performances, suivent les débats économiques, observent les politiques publiques et, surtout, évaluent les résultats à partir de leur quotidien. Emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation, logement, transport, coût de la vie, qualité des services publics : c’est sur ce terrain concret que se joue désormais la crédibilité de la parole politique.

Le débat électoral de 2026 ne peut donc pas se limiter à une succession de slogans, de promesses générales ou de confrontations partisanes. Il doit être celui des solutions, des priorités et de la responsabilité.

Le Maroc a considérablement évolué. En même temps, les attentes sociales sont devenues plus fortes. Cette contradiction apparente impose aux partis politiques une obligation : expliquer non seulement ce qu’ils veulent faire, mais surtout comment ils comptent le faire, avec quels moyens, dans quels délais et avec quels résultats mesurables.

C’est précisément là que le discours politique doit franchir un cap.

La confiance ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se gagne par la cohérence entre la parole et l’action, par la capacité à reconnaître les difficultés et par l’acceptation du débat contradictoire. Elle suppose également de sortir d'une communication politique souvent centrée sur les personnes pour revenir aux projets.

Le citoyen marocain n’attend pas nécessairement des discours plus longs. Il attend des discours plus précis.

Que propose-t-on pour créer davantage d’emplois ? Comment améliorer concrètement l’école et l’hôpital ? Quelle politique pour le pouvoir d’achat ? Comment accompagner les petites entreprises ? Comment réduire les disparités territoriales ? Quelle place pour les jeunes dans l’économie et dans les institutions ? Comment renforcer l’efficacité de l’administration ? Et surtout : comment mesurer les résultats d’un mandat ?

Ces questions devraient être au cœur de la campagne.

La période électorale 2026 est d’ailleurs encadrée par des règles destinées à garantir le pluralisme de l’expression politique et l’accès équitable des partis aux médias audiovisuels.

Mais la qualité du débat ne dépend pas uniquement du cadre réglementaire. Elle dépend aussi de la volonté des acteurs politiques de faire de la campagne un véritable moment de confrontation des idées.

C’est là tout l’enjeu.

Le Maroc n’a pas besoin d’un discours politique déconnecté des réalités. Il a besoin d’une parole publique capable de reconnaître les progrès accomplis sans nier les difficultés qui persistent.

Le renouvellement du discours politique passe aussi par le renouvellement des méthodes. Les nouvelles générations veulent comprendre, questionner et participer. Elles sont moins sensibles aux formules toutes faites et davantage attentives à la cohérence entre les engagements et les résultats. Leur rapport à la politique est différent : elles demandent davantage de transparence, de proximité et de responsabilité.

Il appartient donc aux partis de transformer cette attente en nouvelle dynamique démocratique.

Un discours moins spectaculaire, mais plus concret.
Moins partisan, mais plus responsable.
Moins fondé sur les promesses, mais davantage sur les engagements mesurables.

En définitive, le véritable changement politique ne commencera peut-être pas le jour du scrutin. Il commencera le jour où la parole politique cessera d’être une fin en soi pour redevenir ce qu’elle devrait toujours être : un contrat de confiance avec le citoyen.

Meryem KORCH

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Le temps de la confiance et de l’accélération

À chaque Fête du Trône, un discours trace une perspective. Celui prononcé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI à l'occasion du 27ᵉ anniversaire de Son accession au Trône ne se limite pas à dresser un bilan des réalisations accomplies. Il dessine les contours d'une nouvelle étape du développement du Royaume : celle de la consolidation des acquis, de la souveraineté économique et de l'accélération des transformations.

Le message est clair. Le Maroc aborde aujourd'hui « une étape-charnière de son processus de développement », porté par un capital précieux : sa stabilité institutionnelle, son efficacité dans la conduite des réformes et une vision stratégique inscrite dans la durée. Dans un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, le retour du protectionnisme et les incertitudes économiques, le Royaume fait le choix de la confiance plutôt que du doute, de l'action plutôt que de l'attentisme.

Cette confiance s'appuie sur des résultats tangibles. Une croissance de près de 5 %, un secteur industriel en pleine montée en puissance, un leadership africain dans l'automobile, une industrie aéronautique qui franchit un nouveau cap, une stratégie ambitieuse dans les batteries électriques et l'hydrogène vert, un tourisme qui atteint un niveau historique avec près de 20 millions de visiteurs, sans oublier la généralisation progressive de la protection sociale. Ces performances traduisent la montée en gamme d'une économie qui ne se contente plus d'accompagner les mutations mondiales, mais entend désormais les anticiper.

Mais le discours royal va au-delà des indicateurs économiques. Il rappelle que ces avancées sont le fruit d'une vision de long terme, fondée sur la continuité des politiques publiques, la cohérence des choix stratégiques et la mobilisation de l'ensemble des forces vives de la Nation. Les acquis du Maroc ne sont pas ceux d'un mandat ou d'une conjoncture ; ils résultent d'un effort collectif inscrit dans la durée.

À l'approche des échéances de 2030, alors que le Royaume se prépare à accueillir la Coupe du monde de la FIFA et poursuit la mise en œuvre de grands projets structurants, le défi n'est plus seulement de construire, mais d'accélérer. Accélérer l'investissement, renforcer la souveraineté industrielle, financer davantage l'innovation, soutenir les petites et moyennes entreprises, développer les filières d'avenir et poursuivre les réformes qui amélioreront durablement la compétitivité du pays. C'est dans cet esprit que le Souverain appelle le secteur financier à jouer pleinement son rôle en mobilisant davantage de ressources au service de l'économie productive.