Après deux ans d’absence due à la pandémie, le FICAM fait son come-back et célèbre ses 20 ans d’existence pour la joie des cinéphiles et des amoureux du cinéma d’animation à travers le Royaume.

Du 6 au 11 mai 2022, la fondation Aïcha a organisé en partenariat avec l’Institut français de Meknès la 20 e édition du Festival international de cinéma d’animation de Meknès (Ficam).

Cette édition anniversaire a célébré le film d’animation marocain à travers l’organisation du 1er Forum marocain du film d’animation qui a  rassemblé les professionnels du film d’animation, des représentants d’Al Aoula et 2M, des studios d’animation ainsi que l’Institut National des Beaux-Arts de Tétouan et l’Ecole des Beaux-Arts de Casablanca. Ce forum a permis d’échanger sur l’avenir du film d’animation au Maroc avec la perspective, dans les années à venir, d’organiser à Meknès un marché du film d’animation marocain.

Chaque année, le FICAM promeut la ville de Meknès et rassemble à l’instar des précédentes éditions, des grandes personnalités du film d’animation international : Michel Ocelot qui a présenté, en exclusivité à Meknès, les premières images du Pharaon, le sauvage et la princesse, son prochain long-métrage, Véronique Augereau et Philippe Peythieu, les voix françaises de Marge et Homer Simpson, Zeina Abirached, autrice libanaise de Bande-Dessinée qui a présidé le Jury de la Compétition internationale du court-métrage d’animation Courts Compet’, Ayumu Watanabe dont le dernier film, La chance sourit à Mme Nikuko,  qui a décerné le premier prix de la compétition du long-métrage d’animation.

À travers le FICAM, la Fondation Aïcha poursuit son accompagnement des passionnés de cinéma d’animation et offre une merveilleuse occasion de faire rayonner l’animation dans toute sa diversité au cœur de la cité Ismaïlienne Meknès.Ce festival vise aussi à promouvoir des films et des artistes du monde entier auprès d’un public passionné et curieux en nourrissant de grandes ambitions pour l’animation en tant que forme d’art cinématographique. Le FICAM est ainsi le porte-parole des réalisateurs qui repoussent leurs limites dans l’exploitation de  l’art de l’animation.

Le 11 mai 2022 à Meknès, clap de fin pour la 20ème édition du Festival International de Cinéma d’animation de Meknès (FICAM®), après 6 jours riches et intenses de projections inédites de films d’animations, de débats, d’ateliers de formations et de rencontres dans des conditions des plus conviviales.

Parmi les moments marquants de cette édition anniversaire, l’on soulignera l’hommage spécial rendu à Philippe Peythieu et Véronique Augereau, deux maîtres incontestés du doublage qui ont prêté leurs voix notamment à Homer et Marge Simpson. Une expérience qu’ils ont abordée lors d’une mémorable Master Class dédié à l’art du doublage.  

Par ailleurs, le 1er Forum du film d’animation au Maroc a connu un succès indéniable, en présence particulièrement des trois studios d’animation marocains Artcoustic, Lorem et Never Seen. Un forum qui permet de promouvoir les nouvelles perspectives de développement de ce domaine prometteur et générateur d’emplois au Maroc.

Bilan chiffré établi : plus de 25 000 festivaliers se sont déplacés pour assister aux diverses projections programmées en avant-première au Maroc, ainsi que 5 000 écoliers qui ont profité des projections scolaires en présence d’invités prestigieux et 150 étudiants qui ont bénéficié des ateliers de formations.

Pour ce qui est du palmarès, le jury de la Court’ Compet’ a octroyé le Grand Prix du Jury doté de 3 000 Euros pour le meilleur court-métrage à Claude Cloutier (Canada), pour son court métrage Bad Seeds (Mauvaises herbes). À rappeler que ce Jury a été présidé par l’autrice de bandes-dessinées libanaise Zeina Abirached, accompagnée d’Adja Soro, éditrice ivoirienne de livres jeunesses et productrice et Tomm Moore, réalisateur Irlandais.

La Mention Spéciale du Jury a été décernée à Yoriko Mizushiri (Danemark) pour son court-métrage Anxious Body. Le Prix du Public est revenu à Câline de Margot Reumont  

Les deux courts-métrages Au revoir Jérôme ! de Adam Sillard, Gabrielle Selnet et Chloé farr et Le vieux lion et le petit chat de Violeta Cortes ont reçu respectivement le Meilleur film étudiant et le Prix Jeune public composé des élèves des cours de langue de l’Institut français de Meknès.  

The Soloists de Mehrnaz Abdollahinia a reçu le Prix du Jury Junior composé d’élèves du collège Al Mansour à Meknès.

Quant au Prix du Meilleur long-métrage d’animation Long Compet’, doté de 2 000 Euros, le Jury Junior, composé de jeunes du Théâtre des Chamates, a gratifié le film La chance sourit à Madame Nikuko de Ayumu Watanabe qui s’est également vu attribué le prix du Public Long Compèt.

La 20ème édition du FICAM a tenu toutes ses promesses. Le FICAM est devenu le rendez-vous incontournable du cinéma d’animation à Meknès avec une programmation riche et variée qui plaît à la fois aux petits et aux grands: des courts-métrages, des longs-métrages, des rencontres avec les professionnels et des expositions.

Mohamed Beyoud, directeur artistique du festival, a déclaré : « le bilan est très positif déjà parce qu’il y a un vrai retour du public dans  les salles malgré cette rupture de deux. Nous sommes très satisfaits d’avoir d’avoir pu l’organiser parce que ce n’était pas simple au  début, nous étions un peu dans l’incertitude. Nous sommes très fiers d’avoir la confiance royale, le Ficam est placé sous le haut patronage de sa majesté pour cette 20e édition.  Nous sommes très heureux d’accueillir pour la première fois le premier forum des métiers films d’animation. La rencontre entre professionnels marocains des professionnels africains et des professionnels internationaux la 20e édition que du bonheur. Le  défis c’est de travailler encore plus d’accueillir en plus d’inviter internationaux.  « Nous sommes en train de réfléchir déjà à l’année d’après et continuer l’accompagnement du film d’animation marocains et africains et arabes » conclut Mohamed Beyoud.

Pour widad Chraibi, sercrétaire général de la Fondation Aicha, cette édition anniversaire du Ficam a rencontré un véritable succès tant par la présence d’invités prestigieux et remarquables mais aussi par la fréquentation du public qui qui était ravi de revenir au festival après ces deux années d’absence.

Ces dix derniers joursa ajouté, Widad Chraibi, « ont été riches et intenses avec des projections inédites des débats des ateliers de formation des rencontres et tout cela dans une ambiance chaleureuse et conviviale qui caractérise si bien notre festival.  Le premier forum d’animation est lui aussi connu un franc succès et a permis de promouvoir de nouvelles perspectives de développement dans le domaine d’animation et qui on espère va générer de nouveaux métiers au maroc et plus particulièrement pour notre ville à meknès ».

Elle a saisi cette occasion pour annoncer le lancement d’un nouveau prix financé par tv5monde qui récompensera un jeune talent maghrébin lors de la prochaine édition de Ficam.

S’gissant de la Directrice de l’Institut français de Meknes, Lyliane Dos Santos, lors de la séance cloture de  l’édition du ficam 2022  elle a affirmé sa volonté avec la fondation aïcha de soutenir le développement du film d’animation au maroc et contribuer au développement de la filière de production.

Premières séries made in morocco

Les appels d’offres initiés par Al Oula et 2M pour la production des premières séries d’animation ont ouvert de nouvelles perspectives pour le développement de l’animation dans le Royaume. Une initiative historique qui permet de dynamiser ce secteur prometteur et générateur d’emploi.

Depuis le lancement des commandes des deux chaînes, trois studios ont vu le jour à savoir Artcoustic,  Lorem et Never Seen.

Voulant jouer le rôle avant-gardiste,  le  FICAM a lancé un forum dédié au marché du film d’animation. Par cette initiative, il a pour ambition de promouvoir cet art encore peu connu et peu développé au Maroc.

Pour  Mohamed Beyoud, directeur artistique du FICAM, même si on n’a pas encore une industrie du cinéma, on peut dire  que nous sommes sur les bons rails. Il se dit malgré tout optimiste pour l’avenir de ce pays du fait qu’il y a un vrai potentiel. Les écoles d’art,  notamment l’Institut des beaux arts de Tétouan et l’école des beaux arts de Casablanca participent à cette dynamique.

Le Maroc ne manque pas de talents passionnés pour le cinéma d’animation. Néanmoins, un encadrement professionnel est nécessaire afin d’accompagner l’émergence de films animés bien de chez nous, fait savoir  Ali Rguigue, Directeur Général du studio Artcoustic spécialisé dans la 2D et créateur de FlowMotion School, première école dédiée aux métiers de l’animation dans le Royaume.

Dans le cadre de sa présence au Ficam, Ali Rguigue, directeur du studio Artcoustic nous a accordé cette interview.

Artcoustic est le premier studio d’animation au Maroc spécialisé dans l’animation 2D. Le studio a participé à la sensibilisation à la COVID 19 à travers des capsules 2D de vulgarisation. Artcoustic  produit en 2022, Histoires marocaines, série d’animation de trente épisodes pour Al Aoula et développe; parallellement, Les Marocains du ciel, série de vingt épisodes pour le compte de 2M.

Magazine Innovant : Vous avez assisté à la 20e édition du Ficam.  Qu’est ce que vous pensez de l’état actuel du cinéma d’animation au Maroc?

Ali Rguigue : Je pense que le cinéma d’animation aujourd’hui au Maroc commence à peine.  On a eu l’opportunité avec deux appels d’offres des chaînes nationales SNRT et 2M qui ont  ouvert la porte et je pense que c’est une très belle opportunité pour tout le monde.

Les peu de studios   structurés  aujourd’hui au maroc qui contribuent  énormément et aussi aux jeunes artistes de savoir qu’en sortant d’une école des beaux-arts ou d’autres institutions mêmes techniques ou plus -artistique on va dire la possibilité de travailler c’est à dire que demain si on écrit un scénario qui est dédiée à l’animation on sait que demain on peut travailler on peut avoir un salaire sur ça donc je pense qu’on en est exactement au point de départ de l’animation et le FICAM pour moi ce n’est pas un festival c’est une plate-forme     d’échange parce qu’on a des internationaux de renom qui sont disponibles et qui vont partager leur savoir avec tout le monde. Je m’explique au Ficam vous avez des professionnels de l’animation, vous avez des écoles mais vous avez aussi des étudiants qui tirent profit directement de la source et c’est des choses qu’on ne retrouve pas dans d’autres festivals comme Annecy et  donc  je pense qu’on est au point de départ et  que tout le monde devrait contribuer très rapidement pour ne pas rater le train.

MI: Le Ficam a accueilli beaucoup d’étudiants et c’est une bonne chose. Est- ce que l’ échange avec les professionnels internationaux et les étudiants marocains a abouti à quelque chose de concret pour le cinéma d’animation au Maroc ?

AR: Absolument, pour l’anecdote je vais vous raconter une histoire. Rien que ce matin, on m’a annoncé que le réalisateur Michel Ocelot  a besoin de faire adhérer des jeunes à un  projet très particulier marocain qui se passe à   Marrakech. Les jeunes qui vont participer  ont une chance inouïe. J’ai envie de dire que c’est  l’initiation la plus extraordinaire qu’ils peuvent espérer . Aujourd’hui, les étudiants tirent énormément des internationaux et les internationaux ont besoin de sang frais marocain et même les plateformes de streaming netflix et compagnie aujourd’hui sont demandeurs de ce genre de contenu. 

MI: Est- ce que vous pouvez nous parler du FlowMotion School  et de ces jeunes que vous encadrez ?

AR:   FlowMotion School est une initiative qui a été faite en partenariat avec l’INDH et Azura groupe comme partenaire et la préfecture de hay hassani qui pilote ce projet parce qu’il s’inscrit dans l’employabilité du  programme P 3 de L’INDH. Ce programme est très en phase par rapport à notre ambition dans ce métier de l’animation. Comme vous voyez, il y a de la demande. Et on a pensé à faire un transfert de compétences et former très rapidement ces jeunes. C’est une formation professionnalisante du peer to peer learning en 8 mois où on va apprendre les soft skills, l’animation …On a eu 1200 inscrits, on en a pris 30. Ceci  explique  que ces jeunes sont de vrais passionnés du métier de l’animation. On a on a eu des mamans et on a eu au des jeunes de 18 ans.  C’est vraiment un panaché artistique et ce sera une première promotion  dédiée à l’industrie de l’animation au Maroc,  aux métiers du motion design  et  peut être  des métiers techniques.

MI : Comment voyez- vous  le déroulé de ce projet ?

On a pour mission de faire travailler ses 30 personnes après 8 mois très rapidement, parce qu’il y a de la demande, déjà on est très que 3  de studios. On a l’espoir que ces jeunes en fin de formation puissent travailler  ou en indépendant ou pouvoir aller dans des agences ou alors peut-être même faire de la réalisation  en autodidacte ou pas mal de choses, c’est quelque chose qui est possible. Aujourd’hui on voit cet avenir avec l’espoir de régionaliser très rapidement ce projet, qu’il  puisse vivre très rapidement à Casa mais ensuite aller dans diverses régions du Maroc pour la simple raison que de notre expérience on a eu des jeunes qui viennent vraiment de patelins et qui sont très passionnés, très aboutie dans leur réalisation dans la technicité dans leurs réflexions dans l’écriture et je pense qu’on peut leur donner aujourd’hui une chance pour pouvoir travailler avec des salaires très correctes avec une approche internationale.

MI : Aujourd’hui les chaînes nationales s’intéressent à des projets 100% marocains, quid de  votre projet qui est dédié aux marocains ?

AR: En effet, on a eu deux projets avec les  chaînes nationales. Celui de la SNRT est quasi abouti.  Ce sont des histoires marocaines avec beaucoup de recherches et une petite morale à la fin.  Ce sont des projets qui vont permettre à nos enfants aujourd’hui de ne pas avoir ce décalage que nous on a vécu.  On ne s’en rend pas compte, mais on a été frustré. On a vu Mangas, Captain Majed et  compagnies et à un certain moment on a eu un déphasage culturel. On ne connaît pas nos traditions, il ya beaucoup de choses qu’on a raté parce que les dessins animés sont destinés d’abord aux enfants.

Le deuxième projet de la SNRT parle d’une personnalité marocaine. j’aimerais vraiment garder l’intrigue jusqu’au bout. Ce projet a nécessité énormément de recherches, beaucoup de vérifications de la véracité des faits historiques parce que ça se passait à un moment de l’histoire en temps du protectorat,  et on a fait appel à un Nabil  Mouline qui est un historien de renom qui va nous permettre aujourd’hui de vraiment pas glorifier ce personnage mais faire vivre les enfants dans cette époque. Je trouve que c’est quelque chose d’extraordinaire qu’on puisse connaître le personnage et l’époque d’une d’une manière fantastique on va dire comme Pixar, pas dans la même qualité, mais  on a la même approche artistique mais en termes de contenu et de richesse de scénarisation on va y être donc je pense que ce sera une première au Maroc. Ce sera une série historique.

MI : Par  rapport au doublage des voix , vous faites appel à des comédiens professionnels? Et pour la voix des enfants, vous faites appel à des enfants ou à des adultes? Comment ça se passe  pour convaincre le public que ce sont des personnages à qui ils peuvent s’identifier ?

AR: Malheureusement au Maroc, onn’ a  pas eu de grandes expériences de doublage. Il y  a eu les télénovelas qui ont été doublées depuis un moment sur la deuxième chaîne. Mais le doublage pour les dessins animés c’est un autre monde. Je m’explique, par exemple aux    États-Unis ou en France, les acteurs comme Gad Elmaleh, Jamel Debouz ou  Eddie Murphy contribuent d’une manière artistique à un point qu’on n’imagine même pas que c’est du doublage, c’est vraiment de l’interprétation.

Aujourd’hui au maroc on n’a pas eu de dessins animés, ça n’a pas encore produit, mais on a fait un exercice. On a eu l’occasion de doubler Le Grand Méchant Renard qui est un dessin animé très particulier. Le producteur Didier Brunner nous a fait confiance et le doublage a été fait en darija.  On a  fait appel à Driss et Mehdi qui sont des comédiens,  Nab qui est un modérateur est aussi très bon comédien de doublage et le résultat était fantastique. Aujourd’hui je pense que le doublage est un autre métier,  c’est une grosse industrie qui va  créer aussi d’autres métiers.

MI : Un message pour les jeunes qui sont passionnés par le cinéma d’animation ?

AR : Ne pas perdre de temps,  on est est vraiment au commencement de l’industrie de l’animation au maroc. Tout le monde est demandeur:  l’international, les chaînes marocaines, les studios d’animation, les écoles. Et   je pense que c’est un train à ne pas rater, il y a beaucoup de consolidation à faire entre tous ces acteurs, Le Ficam et la Fondation Aïcha le permettent. C’est très important de garder cette synergie, ne pas s’éparpiller,  le temps de construire cette industrie et que chacun puisse se spécialiser peut-être dans la distribution, dans le doublage dans l’animation.

Saida Ammor