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Interview: Abderrahim EL HAFIDI, Directeur Général de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (l’ONEE)

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L’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (ONEE) s’est fortement mobilisé depuis que le pays est entré en lutte acharnée contre coronavirus 2019 (COVID-19). En effet, cet opérateur marocain de fourniture d’électricité a mis en place un Plan contre Pandémie COVID-19 pour les secteurs de l’Electricité et de l’Eau Potable. Parcours !

Magazine Innovant: Quelle énergie pour le citoyen marocain, dans cette situation épidémiologique du coronavirus 2019?
Abderrahim EL HAFIDI: Dans cette situation épidémiologique du coronavirus 2019, et tenant compte de l’importance de l’alimentation du Pays en électricité et en eau potable, un Plan Pandémie pour les Secteurs de l’Electricité et de l’Eau Potable a été mis en place en vue de :
• Assurer la continuité du service public pour l’alimentation en électricité et en eau potable des industries et des ménages ;
• Assurer la protection du Personnel et des citoyens contre les risques de propagation et de contamination par le COVID-19 ;
• Participer à l’effort national dans la lutte contre les effets du COVID-19.
La mise en œuvre de ce Plan est assurée par un Comité de veille national composé des opérateurs stratégiques des secteurs de l’électricité et des différents responsables et directeurs des deux activités de l’Office (électricité et eau) et dont la coordination est assurée par l’Office dans le cadre d’une approche intégrée et participative.
Ce Plan Pandémie repose sur la mise en œuvre, au sein de chaque opérateur, d’un Plan de Continuité de l’Activité, dont les dispositions sont mises en place selon des phases à déployer en fonction de l’évolution de la situation.
Ces dispositions permettent de sécuriser la continuité des activités au niveau des entités stratégiques relevant de ces secteurs, notamment les centrales de production d’électricité, aussi bien celles de l’ONEE que celles dépendant des producteurs privés, le « Dispatching » National, les Postes névralgiques, les Services de Conduite Régionaux de la Distribution et les Agences Commerciales de la Distribution. Elles concernent notamment les actions suivantes :
-Réorganisation du travail en mode réduit (60% de l’effectif en moins) à travers notamment le recours au télétravail ;
-Constitution d’équipes de renfort confinées à domicile ;
-Report des prestations non liées aux activités essentielles ;
-Suivi médical rapproché du Personnel Clé.
Par ailleurs, il convient de noter que les tarifs de l’électricité au Maroc sont réglementés et fixés par l’Etat et qu’ils ne subiront, par conséquent, aucun impact dans les circonstances actuelles, liées au COVID-19. De plus, l’ONEE a mis en place des mesures d’atténuation et des facilités notables en termes de règlement des factures de l’ensemble de ses clients et a également décidé de surseoir à toute action de suspension de la fourniture du courant électrique en cette période de confinement.

M. I.: Comment rendre les technologies des énergies renouvelables bénéfiques pour les ménages marocains, en termes de coût de facturation d’électricité?
A. E. H.: Le Maroc a mis en place en 2010 un pilier important de la réforme de l’électricité à travers une série de politiques et de plans visant à encourager le développement des énergies renouvelables. Ces dispositions, ayant marqué le début de la libéralisation du marché de l’électricité, permettent l’accès aux réseaux électriques de haute et moyenne tensions à tous les producteurs à base d’énergies renouvelables qui vendent leur énergie directement aux consommateurs finaux. Ainsi, les clients éligibles peuvent s’approvisionner en énergie électrique auprès des producteurs à base d’énergies renouvelables ou par leur propre autoproduction.
En ce qui concerne les ménages, il y a lieu de préciser que la loi n°58-15, modifiant et complétant la loi 13-09 relative aux énergies renouvelables, vient également renforcer le dispositif légal et réglementaire régissant le secteur.
De plus, les amendements en cours de la loi sur l’autoproduction instaurent un nouveau cadre juridique permettant aux ménages marocains d’installer leurs propres moyens de production en énergies renouvelables pour satisfaire leurs besoins en électricité, ce qui garantira à ces ménages une meilleure gestion de leur besoin en électricité, voire même une optimisation de la fourniture d’énergie.

M. I.: Comment peut-on maitriser la consommation d’électricité des ménages, en faveur d’une gestion rationnelle d’énergie ? Quel impact dans ces temps difficiles ?
A. E. H.: Dans le cadre de ses orientations stratégiques, et de par sa mission en tant que gestionnaire de l’équilibre offre-demande du système électrique national au moindre coût, l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable a toujours placé l’efficacité énergétique au cœur de ses priorités et ce, à travers la mise en œuvre de plusieurs mesures d’ordre institutionnel, réglementaire, technologique et économique.
Il conviendrait de préciser que la maitrise de la demande d’électricité des clients, en particulier celle des ménages, commence tout d’abord par une bonne connaissance de leurs habitudes et comportements de consommation et ce, en vue de mieux cibler les actions de maitrise de la demande et d’efficacité énergétique à mettre en place.
Ainsi, et en vue de poursuivre ses efforts pour la réalisation des objectifs nationaux relatifs à la maîtrise de l’énergie électrique, l’Office a lancé une étude ayant pour objectif l’identification de toutes les opportunités offertes en termes de mesures d’efficacité énergétique à mettre en place au profit de ses clients, notamment la communication et la sensibilisation à l’économie d’énergie, le conseil et l’assistance en matière de choix d’équipements, de modification de comportement, de choix tarifaires, etc. Pour ce faire, la première phase de cette étude consiste à affiner et améliorer la connaissance de la demande à travers le lancement d’une enquête sur les équipements des ménages et d’une campagne de mesures des consommations.
Parallèlement et dans le même sens, l’Office a lancé un projet qui consiste à acquérir un système de comptage intelligent qui offrira aux clients la possibilité de surveiller et maitriser leurs consommations et de contrôler les performances énergétiques de leurs équipements.
Concrètement et d’une manière générale, les mesures ayant trait à l’efficacité énergétique déjà mises en place par l’Office en faveur de ses clients ménages, ont porté essentiellement sur la tarification comme levier efficace pour inciter les clients à adopter des comportements rationnels de consommation et également la sensibilisation et la promotion des comportements et technologies les plus efficaces (ex. Lampes à Basse Consommation), notamment celles qui ont pour objectif de lisser la courbe de charge électrique.
En matière de tarification, et à titre d’exemple, l’ONEE donne la possibilité à ses grands clients ménages alimentés en Basse Tension d’opter pour la tarification bi-horaire dans l’objectif de réaliser des gains sur leurs factures qui résulteraient de la réduction de leurs consommations durant les heures de pointe. Il est à rappeler que le principe de cette tarification consiste à facturer la consommation mensuelle d’électricité au client éligible selon deux postes horaires, à deux tarifs différents, à savoir un tarif pour les heures de pointe qui durent 5heures le soir et un autre tarif moins cher pour le reste de la journée.
En ce qui concerne le volet technologique, et compte tenu de la part importante de l’éclairage dans la consommation durant la pointe du soir du système électrique national, l’ONEE a mis en place, depuis 2008, le programme « INARA » qui vise le remplacement massif de 15 millions de lampes à incandescence par des lampes à basse consommation (LBC).
En complément aux mesures précitées, l’ONEE met à la disposition de ses clients ménages un ensemble d’outils en ligne visant principalement la promotion de l’efficacité énergétique. En effet, ces outils permettent aux clients de simuler le montant de leur facture en vue de maîtriser et contrôler les éléments ayant un impact sur ce montant et également de mieux comprendre le système de facturation et de tarification grâce à un ensemble de guides à caractère informatif et explicatif.
Sur un autre plan, la situation d’urgence sanitaire liée au COVID-19, et notamment les mesures de confinement y relatives, ont eu pour conséquence une baisse importante de la demande nationale en énergie électrique, estimée en moyenne à 15% par rapport à la même période de l’année dernière et ce, dû principalement à la chute de l’activité économique.Cette baisse de la demande est constatée aussi bien chez les opérateurs méditerranéens qu’à l’échelle internationale.
En revanche, s’agissant des ménages, compte tenu de la période de confinement durant laquelle les citoyens doivent rester chez eux à leur domicile, la consommation résidentielle pourrait connaitre une augmentation due à une utilisation plus intense des équipements électroménagers.Par conséquent, les ménages devraient être plus regardants à leurs habitudes de consommation en ces circonstances exceptionnelles.

M. I.: Qu’en est-il de l’évolution du mix électrique national
A. E. H.: Le système électrique actuel dispose de centrales renouvelables d’une capacité installée de 3700 MW dont 1 220 MW en éolien, 710 MW en solaire et 1 770 MW en hydraulique, ce qui représente 35% de la capacité totale installée à fin 2019.
L’évolution du mix énergétique s’inscrit dans la stratégie nationale visant la sécurisation de l’approvisionnement du pays en énergie électrique et la promotion des énergies renouvelables. A ce titre, l’intégration optimale du plan ENR dans le processus d’optimisation global du programme d’équipement à l’horizon 2030 va permettre le dépassement de l’objectif national, fixé à 52%. Ainsi, l’Office prévoit de porter la capacité en énergies renouvelables, à l’horizon 2030, à hauteur de 60% de la capacité totale du système prévue à cet horizon.
Il convient de rappeler que cette stratégie nationale de mise en valeur de nos ressources renouvelables nationales permet de réduire la dépendance énergétique de notre pays notamment dans des circonstances similaires à celle que nous vivons aujourd’hui. En effet, outre les conséquences économiques de cette dépendance vis-à-vis des importations de combustibles, la survenue de phénomènes exceptionnels tels que la pandémie, que connait le monde actuellement, pourrait perturber les transports maritimes et, par conséquent, le rythme d’approvisionnement.
Ainsi, l’augmentation de la part des énergies renouvelables, dans le mix-électrique, nous permet à la fois de réduire la facture énergétique de notre payset de contribuer fortement à la sécurisation de notre système électrique, en cas d’évènements de crise de grande envergure telle que la pandémie du Coronavirus que nous vivons aujourd’hui.
Ce niveau d’augmentation de la part des énergies renouvelables pose, par contre, de nouvelles contraintes auxquelles l’Office se prépare notamment en augmentant ses capacités de stockage de l’électricité par la construction de nouvelles stations de transfert d’énergie par pompage, en s’orientant vers les technologies prometteuses des batteries et en renforçant son intégration régionale. A ce titre, l’Office est en train d’examiner plusieurs projets d’interconnexion vers l’Europe, avec l’Espagne ou le Portugal, ou vers le Sud, avec la Mauritanie et la région CEDEAO.

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