Accueil INTERVIEWS INTERVIEW Abderrahim EL HAFIDI Directeur Général de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (l’ONEE)

INTERVIEW Abderrahim EL HAFIDI Directeur Général de l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (l’ONEE)

3,932
Abderrahim EL HAFIDI, Directeur Général de l’ONEE

ONEE : une intelligence industrielle et technologique au service du milieu rural

L’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable (l’ONEE) déploie des efforts considérables afin de rapprocher le milieu rural de l’urbain, à travers deux outils essentiels à la vie : l’électricité et l’eau. L’ONEE ne ménage aucun effort pour faciliter le quotidien à la population rurale. Parcours !

Magazine Innovant : Que pouvez-vous nous dire sur l’économie rurale, à partir d’un regard du Directeur Général ?

Abderrahim EL HAFIDI : Au-delà des chiffres, l’électrification rurale est avant tout une œuvre structurante de développement. Le défi du PERG aujourd’hui réussi, en dotant des zones auparavant exclues d’infrastructures de base, a permis de déployer une très vaste infrastructure dans le milieu rural procurant de grandes opportunités de développement et de création de projets générateurs de revenus et d’emplois. Ceci a contribué à réduire considérablement l’écart entre l’urbain et le rural et améliorer significativement le quotidien des populations rurales.

Sur le plan économique, l’électrification a globalement un impact très positif sur l’amélioration des revenus des ménages et le développement d’activités génératrices de revenus, notamment celles nécessitant l’utilisation d’appareils électriques productifs. Pour les activités artisanales traditionnelles (tapisserie, couture…), l’impact est perçu notamment en termes de rallongement du temps de travail pendant la nuit, ce qui permet une amélioration du niveau de productivité.

Dans le domaine de l’agriculture, l’impact concerne la modernisation de l’élevage, la création de centres de collecte de lait et de coopératives laitières ainsi que l’introduction de nouvelles cultures, ce qui entraîne une transformation de la structure de l’économie locale.

Sur le plan social, l’électrification a permis une amélioration du niveau de confort des ménages, à travers, par exemple, l’équipement en postes TV, antennes paraboliques, réfrigérateurs et des équipements de télécommunication.

La diffusion massive des moyens de communication audiovisuels grâce à l’électrification constitue une opportunité pour toucher plus largement le monde rural par des programmes éducatifs dont ceux sur la sensibilisation aux mesures contre le Covid 19.

On perçoit, par ailleurs, une transformation profonde des modes de consommation et de vie des populations rurales marocaines grâce aux modèles urbains transmis par la télévision.

L’impact positif est perçu également au niveau de l’amélioration des indicateurs de scolarisation des enfants, notamment les filles.

L’électrification des dispensaires est un atout qui a permis de renforcer les services de soins et de santé dans les zones rurales en offrant les possibilités d’utilisation d’équipements médicaux plus élaborés.

En conclusion, l’électricité dans le monde rural est porteuse d’opportunités nouvelles de développement économique et social et son impact s’étend à tous les domaines de la vie courante des populations.

M. I. : En tant que Grand Spécialiste de l’Energie, pensez-vous que les Energies Renouvelables et l’Efficacité Energétique peuvent donner un élan à l’économie rurale et aux habitants de la campagne, dans cette crise sanitaire causée par COVID 19 ? Quelle place occupe l’économie rurale dans la vision stratégique de l’ONEE ? Et quelles sont les actions en matière d’Energies Renouvelables et d’Efficacité Energétique que l’ONEE mène pour booster l’économie rurale ?

A.E.H. : Dans le cadre de ses orientations stratégiques, et en adéquation avec sa mission de gestionnaire de l’équilibre offre-demande du système électrique national au moindre coût, l’Office National de l’Electricité et de l’Eau Potable a toujours placé l’efficacité énergétique au cœur de ses priorités et ce, à travers la mise en œuvre de plusieurs mesures d’ordre institutionnel, réglementaire, technologique et économique.

Il est à souligner, à cet égard, que la maîtrise de la demande d’électricité des clients, en particulier celle des ménages en zones rurales, commence tout d’abord par une bonne connaissance de leurs habitudes et comportements de consommation afin de mieux cibler les actions de maîtrise de la demande et d’efficacité énergétique.

A cet effet, l’ONEE vient de lancer une étude ayant pour objectif l’identification de toutes les opportunités offertes en termes de mesures d’efficacité énergétique à mettre en place au profit de ses clients, notamment, la communication et la sensibilisation à l’économie d’énergie, le conseil et l’assistance en matière de choix d’équipements, de modification de comportement, de choix tarifaires, etc. La première phase de cette étude consiste à affiner et améliorer la connaissance de la demande à travers le lancement d’une enquête sur les équipements des ménages et d’une campagne de mesures des consommations.

Parallèlement, et dans le même sens, l’ONEE a lancé un projet qui consiste à acquérir un système de comptage intelligent qui offrira aux clients la possibilité de surveiller et maîtriser leurs consommations et de contrôler les performances énergétiques de leurs équipements.

Ce projet s’inscrit dans la continuité de l’introduction du système prépaiement en 2002 et sa généralisation progressive en milieu rural qui a fortement contribué au renforcement de la politique d’économie d’énergie et ce, à travers la possibilité offerte pour les clients de mieux contrôler et maîtriser leur consommation d’électricité, en s’approvisionnant au rythme de leurs revenus et en fonction de leurs besoins.

Suite au succès de cette première opération, l’ONEE a récemment introduit des compteurs prépaiement nouvelle génération basée sur la technologie STS (The Standard Transfer Specification) et a mis en place une solution globale intégrée pour la gestion de l’ensemble du parc prépaiement. Cette solution permet aux clients de bénéficier, notamment, d’une meilleure proximité et d’une couverture plus large des services de recharges en électricité.

Concrètement et d’une manière générale, les mesures ayant trait à l’efficacité énergétique déjà mises en place par l’Office en faveur de ses clients ménages, ont porté essentiellement sur, d’une part, la tarification comme levier efficace pour inciter les clients à adopter des comportements rationnels de consommation et, d’autre part, la sensibilisation et la promotion des comportements et technologies les plus efficaces (ex. Lampes à Basse Consommation), notamment celles qui ont pour objectif de lisser la courbe de charge électrique.

En matière de tarification, et à titre d’exemple, l’ONEE donne la possibilité à ses clients ménages éligibles alimentés en Basse Tension d’opter pour la tarification bi-horaire. Cette option leur permet de réaliser des gains sur leurs factures qui résulteraient de la réduction de leurs consommations durant les heures de pointe. En effet, le principe de cette tarification consiste à facturer la consommation mensuelle d’électricité au client éligible selon deux postes horaires, à deux tarifs différents, à savoir un tarif pour les heures de pointe qui durent 5 heures le soir et un autre tarif moins cher pour le reste de la journée.

En vue de faire bénéficier ces clients des avantages de cette nouvelle tarification, des dépliants comportant des conseils pratiques sont mis à leur disposition au niveau des Agences de Service et portent essentiellement sur les comportements de consommation à adopter. A noter que l’ONEE a toujours accordé beaucoup d’importance aux actions de communication à travers le lancement de campagnes visant à sensibiliser les clients sur l’utilisation juste de l’énergie et à vulgariser les notions et la culture de l’efficacité énergétique.

En ce qui concerne le volet technologique, et compte tenu de la part importante de l’éclairage dans la consommation durant la pointe du soir du système électrique national, l’ONEE a mis en place, depuis 2008, le programme « INARA » qui vise le remplacement massif de 15 millions de lampes à incandescence par des lampes à basse consommation (LBC). Il importe à ce titre de souligner que ce programme figure parmi les projets phares qui ont connu un grand succès auprès de nos clients ménages, en particulier ruraux et ce, essentiellement grâce à la qualité des lampes, leur prix abordable et leur disponibilité et également grâce aux économies qu’elles procurent et au mécanisme de financement judicieux.

 En complément aux mesures précitées, l’ONEE met à la disposition de ses clients ménages un ensemble d’outils en ligne visant principalement la promotion de l’efficacité énergétique. En effet, ces outils permettent aux clients de simuler le montant de leur facture en vue de maîtriser et contrôler les éléments ayant un impact sur ce montant et également de mieux comprendre le système de facturation et de tarification grâce à un ensemble de guides à caractère informatif et explicatif.

De plus, l’ONEE met à la disposition de ses clients ménages un outil leur permettant de visualiser leurs historiques de consommations et ce, notamment pour des fins de suivi et d’analyse, induisant ainsi un effet positif sur leurs comportements.

Sur un autre plan, la situation d’urgence sanitaire liée à la pandémie COVID-19, et notamment les mesures de confinement y relatives, ont eu pour conséquence une baisse importante de la demande nationale en énergie électrique, estimée en moyenne à 15% par rapport à la même période de l’année dernière et ce, dû principalement à la chute de l’activité économique. Cette baisse de la demande est constatée aussi bien chez les opérateurs méditerranéens qu’à l’échelle internationale.

En revanche, s’agissant des ménages, compte tenu du contexte actuel de l’état d’urgence sanitaire, la consommation résidentielle pourrait connaître une augmentation due à une utilisation plus intense des équipements électroménagers. Par conséquent, les ménages devraient adopter une attitude plus regardante dans leurs habitudes de consommation en ces circonstances exceptionnelles.

M.I. : Quel rôle peuvent jouer les ER et l’EE pour approvisionner le milieu rural en matière de lumière et d’eau potable et en matière d’eau d’irrigation ?

A.E.H. : Conscient de l’importance de l’électricité en tant que vecteur de développement, et vu le faible taux d’électrification rurale du Royaume qui était de 18% en 1995, l’ONEE a élaboré et mis en place le Programme d’Electrification Rurale Global (PERG) en août 1995. Ce programme a connu une grande réussite grâce à son caractère global et son mode de financement participatif. L’objectif initial du PERG était d’électrifier, à l’horizon 2010, environ 1.500.000 foyers, 9 millions d’habitants, soit 100.000 foyers par an en moyenne, pour atteindre un taux d’électrification rurale (TER) de 80% à travers le raccordement au réseau et le recours aux techniques décentralisées -solaire, kits photovoltaïques…-. Le coût annuel moyen du projet était estimé, au départ, à 1 milliard de Dirhams.

Vu la réussite de ce programme dans ses premières tranches, et dans l’objectif de satisfaire la forte demande d’électrification émanant de la population et des collectivités locales, le rythme de réalisation du PERG a été accéléré en deux temps, le premier en 1999 et le deuxième en 2002.

Concernant l’alimentation en eau potable et l’eau d’irrigation, l’utilisation des énergies renouvelables constitue la solution d’avenir privilégiée. En matière d’approvisionnement en eau potable, l’ONEE prévoit l’installation d’un certain nombre de stations de dessalement d’eau de mer à base d’énergies renouvelables. En effet, la baisse des coûts de production des filières renouvelables en fait une source d’énergie de choix pour les besoins de dessalement d’eau de mer et la dotation des stations de dessalement de réservoirs de stockage permettra une utilisation efficiente des installations. D’un autre côté, et suite à la promulgation du décret d’application de la loi 13-09 relatif à la moyenne tension ainsi que la loi 58-15 modifiant et complétant la loi 13-09 permettant notamment l’ouverture du marché électrique renouvelable au réseau de la Basse Tension, les consommateurs pourront installer des capacités de production à base de photovoltaïque (PV) notamment pour les besoins d’irrigation. Dans cette perspective, l’ONEE en tant que gestionnaire du réseau de transport et responsable de l’équilibre offre/demande, a mené des études afin de déterminer la capacité d’accueil du système électrique national en énergies renouvelables et a réservé à la clientèle moyenne tension une capacité d’accueil de la production d’origine PV d’une puissance progressive de l’ordre de 1000 MW à l’horizon 2030.

M.I. : D’après vous, comment peut-on promouvoir les investissements dans le milieu rural ?

A.E.H. : L’électrification a globalement un impact très positif sur le développement d’activités génératrices de revenus, notamment celles nécessitant l’utilisation d’appareils électriques productifs, et la création d’un tissu de petites et moyennes entreprises. A mon sens, les pistes en lien avec le secteur de l’électricité qui peuvent contribuer à promouvoir les investissements dans le milieu rural sont à explorer dans la création des petites et moyennes entreprises et de petits projets basse tension dans la perspective de l’ouverture du marché MT/BT à la production d’électricité d’origine renouvelable.

Voir plus d'articles
Charger plus  Innovant
Charger plus  INTERVIEWS

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Voir Aussi

Vaccin britannique, Astrazeneca, fabriqué en Inde : Une première livraison est arrivée

Le Maroc a reçu, le vendredi 22 janvier 2021, une première livraison du vaccin britannique…