Accueil En Exergue Interview: Badr IKKEN, Directeur Général de l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN)

Interview: Badr IKKEN, Directeur Général de l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN)

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IRESEN : Une agence de moyens dédiée à la recherche appliquée avec des plateformes mutualisées de recherche et d’innovation

IRESEN est une agence de moyen pour le financement des projets de recherches collaboratifs et également un centre de recherche reconnu au niveau international. Cet Institut de recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles, relevant du Ministère de l’Energie, des Mines et du Développement Durable, pousse la recherche vers l’innovation, l’industrialisation et la commercialisation, tout en contribuant à la transformation de la théorie en pratique. Parcours !

Magazine Innovant : Quel aperçu pouvez-vous nous donner d’IRESEN de 2019 ?

Badr Ikken : En 2019, IRESEN est devenu un des plus importants bailleurs de fonds des universités et centres de recherche au Maroc pour le financement des projets de recherche et d’innovation collaboratifs, dans le secteur des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Certifié ISO 9001, IRESEN veille à avoir des procédures transparentes et à être le plus efficient et le plus efficace possible.
Nous lançons annuellement des programmes de financement, notamment le programme Inno Project pour soutenir la recherche appliquée au niveau des universités et des centres de recherche en impliquant les entreprises et nous avons rajouté, l’année dernière, un appel à projet portant le nom d’Inno Boost afin d’accompagner les porteurs pour accélérer le développement technologique de leurs produits, process ou services et incuber des startups et permettre à des entreprises et industries de se positionner sur de nouveaux secteurs ou filières à forte valeur ajoutée. Nous présenterons dans quelques semaines la trentaine de projets qui ont été sélectionnés cette année et qui seront accompagnés financièrement et techniquement. Cela veut dire que nous allons avoir un passage concret de la recherche vers l’industrialisation. Et, avant la fin de l’année, nous aurons les premières lignes de production d’innovations développées en partenariat avec les chercheurs universitaires et les industriels. C’est une réelle fierté pour nous, aujourd’hui, de pouvoir valoriser ces produits de recherche : C’est le défi d’IRESEN en 2019.
D’un autre côté, IRESEN est aussi un centre de recherche reconnu aujourd’hui au niveau national et international. Nous disposons de plateformes de recherche et d’innovation mutualisées. La première plateforme, le Green Energy Park, est dédiée aux technologies solaires et a été développée conjointement avec l’Université Mohammed VI Polytechnique. Elle gère aujourd’hui plus de 30 projets ambitieux, dépose en moyenne 8 brevets par an, accueille annuellement plus de 130 doctorants et stagiaires, produit plus de 50 publications scientifiques et arrive à lever des fonds conséquents. Nous incubons des start-ups notamment pour l’évaluation des modules photovoltaïques, le stockage mobile de l’énergie avec des batteries pour les sites isolés incluant un système de gestion de l’énergie et de la prévision et bien d’autres produits innovants répondant aux besoins de notre continent. Le Green Energy Park a également développé un système qui permet de calculer en amont (avant l’installation de centrale solaire) l’année typique de l’encrassement. Ce qui permet de fournir les informations exactes sur les coûts d’exploitation et de maintenance des centrales sur 20 ou 25 ans. Ce sont des résultats concrets qui ont vu le jour.
IRESEN participe activement à plusieurs programmes et alliances internationales, dédiés à la recherche dans le domaine du solaire, notamment le programme de collaboration technologique de l’Agence Internationale de l’Energie PVPS pour le photovoltaïque, le programme Solar Paces pour le solaire thermique à concentration. Et contribue au rayonnement de notre communauté scientifique et de notre pays au niveau international grâce à un fort engagement de nos équipes et un soutien inconditionnel de notre Ministère de tutelle, le Ministère de l’Energie, des Mines et du Développement Durable, le Groupe OCP et nos autres membres fondateurs.
Je suis également fier d’annoncer en avant-première que nous allons intégrer l’alliance internationale ‘’Mission-Innovation’’ qui se compose de 24 pays et la commission européenne. A préciser que le Maroc est le premier pays africain à intégrer ce programme qui joue un rôle important dans le développement des technologies vertes.
Nous sommes actuellement en train de développer encore plus d’infrastructures de recherche, notamment le Green & Smart Building Park, dédié aux bâtiments verts, au réseau intelligent et à la mobilité électrique, qui est en phase de construction. Aussi, la plateforme GSBP qui sera finalisée en septembre 2019, jouera un rôle important pour accompagner la recherche dans le domaine de l’efficacité énergétique et des réseaux intelligents à travers plusieurs laboratoires de recherche mais aussi une trentaine de maisonnettes pilotes qui serviront à expérimenter et à préparer la ville verte et intelligente de demain.

M. I. : IRESEN est au cœur de la stratégie énergétique nationale du Maroc. Quelles sont les actions phares de cette Institut qui prône la recherche appliquée et l’Innovation depuis sa création en 2011.

B. I. : A travers nos deux instruments, l’agence de moyen et les plateformes de recherche mutualisées réalisée dans une approche de complémentarité avec des partenaires universitaires et particulièrement l’Université Mohammed VI Polytechnique, nous accompagnons la stratégie énergétique nationale à travers un modèle basé sur trois piliers :
– Le premier pilier concerne l’accompagnement de la formation pour le renforcement des capacités, à travers des travaux pratiques et des installations permettant à nos étudiants et experts d’acquérir le savoir-faire. Nous avons recensé certes une vingtaine de masters sur les énergies renouvelables au Maroc, mais le grand défi de ces diplômes est la partie formation pratique qui manque. Pour encourager l’entreprenariat, il faut combiner le savoir et le savoir-faire.
Nous accompagnons plusieurs masters, notamment, un sur les systèmes solaires thermiques de l’université Cadi Ayad et dont la plus grande partie des travaux pratiques s’effectuent au niveau de la plateforme Green Energy Park ainsi qu’à partir de septembre 2019, deux nouveaux masters: le master RESMA, dédié aux énergies renouvelables et aux réseaux intelligents et GreenBEE, dédié aux bâtiments verts et à l’efficacité énergétique de l’Université Mohammed VI Polytechnique.
– Le deuxième pilier concerne la recherche appliquée. Ainsi, nous arrivons, avec nos programmes de financement et nos infrastructures mutualisées, à lever des fonds conséquents à travers plusieurs bailleurs de fonds, notamment la commission européenne, la coopération allemande et la coopération coréenne, qui nous permettent de réaliser des projets importants et structurants, tout en impliquant les universités et les entreprises, ce qui contribue au développement d’un environnement favorable à la recherche.
– Quant au troisième pilier, il concerne la création de valeurs en utilisant les deux premiers piliers. IRESEN a accompagné, durant les sept dernières années, plus de 540 enseignants chercheurs, doctorants et étudiants et nous avons créé des pôles d’experts dotés de plusieurs laboratoires marocains au niveau des universités marocaines. Avec ces deux instruments, nous allons être capables de relever le défi du passage de la recherche à l’innovation au marché, puisque nous disposons d’une expertise pratique et des infrastructures de recherche. Aussi, avec ces deux instruments, souhaitons-nous faire deux choses par rapport à la création de valeurs, notamment l’accompagnement des entreprises et des industries à se positionner sur de nouvelles filières et de nouveaux secteurs dans le domaine des technologies vertes et également l’accompagnement de nos chercheurs et de nos doctorants à aller vers l’entreprenariat à travers la création de nouvelles entreprises et start-ups.

M. I. : Quelles sont les ambitions d’IRESEN pour le futur énergétique national proche ?

B. I. : Comme je viens de le dire, nous utilisons nos instruments pour accompagner les entreprises dans le but de créer de la valeur et des emplois.
Nous avons créé le réseau africain de l’innovation verte et nous avons actuellement 14 pays qui l’ont intégré. Ce réseau est basé sur trois piliers : Dans le premier, nos plateformes reçoivent des experts, des ingénieurs et des étudiants de la majorité des ces pays pour des formations pratiques.
Le deuxième pilier est lié à l’organisation de l’évènement ‘’Green Africa Innovation Booster’’ pour soutenir des start-ups innovantes au niveau africain.
Le troisième pilier concerne le développement d’infrastructures de recherches appliquées au niveau de ce réseau dont la première plateforme est le Green Energy Park MCI (Maroc-Côte d’ivoire). Cette plateforme sera installée à Yamoussoukro et elle est dédiée aux technologies solaires adaptées aux conditions climatiques semi-tropicales et orientée vers les applications agricoles.
Avec toute l’expérience accumulée par IRESEN et les instruments qu’il a développé, nous cherchons à en faire profiter nos frères et amis africains. Au début, nous avions eu beaucoup de partenariats avec les pays du nord, notamment avec les plus grands centres de recherche européens, américains et asiatiques. Cependant, nous sommes en train maintenant, à travers ce réseau, de nouer des liens avec les grandes universités et centres de recherche subsahariens pour pouvoir développer avec eux vers des modèles de collaboration nord-sud-sud. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de les accompagner et de les soutenir, et également de profiter bien évidemment de leur expertise et de leurs connaissances par rapport à des environnements et des conditions climatiques qui diffèrent des nôtres.
A la fin, nous sommes fiers d’être un maillon important de la chaîne de valeur nationale qui contribue à ce que l’énergie soit plus propre au Maroc mais nous nous engageons avec les autres acteurs, notamment notre ministère de tutelle et les autres parties prenantes pour pouvoir développer une forte industrie de l’énergie verte et propre afin de développer un Made in Morocco et un Made in Africa vert.

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