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Interview : Saad Charkioui, Directeur Général de Valotech

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Valotech élargit ses compétences dans le domaine de la construction

« Nous avons besoin de développer notre propre industrie des coffrages notamment avec notre ouverture industrielle sur l’Afrique. C’est un secteur stratégique que nous ne pouvons pas laisser au bon vouloir d’instances commerciales extérieures et qui touche un secteur sensible. »

Magazine Innovant : Quel aperçu pouvez-vous nous donner de Valotech ? Et quelles sont ses compétences ?

Valotech est une entreprise de construction à taille humaine, fondée par des compétences marocaines en Mai 2013. L’entreprise s’est d’abord orientée vers les travaux d’étanchéité et d’isolation thermique, avant de se lancer dans l’exécution des Gros-œuvres du bâtiment, pour ensuite étendre ses prestations à tout-corps d’état.

Une spécialisation particulière vers les bétons architectoniques et bruts de décoffrage et aussi les dalles précontraintes par post tension y a été développée.

Magazine Innovant : Pouvez-vous nous décrire le marché du coffrage au Maroc ? Et quels sont les donneurs d’ordre du coffrage ?

Valotech est une entreprise de construction et de génie civil.

Au Maroc, l’ingénierie des coffrages est à ses débuts. Quant à la production locale, elle est quasi inexistante. Et pourtant, il s’agit des investissements prioritaires de toute entreprise de construction. Des coffrages modernes permettent des gains de productivité importants en les alliant à des méthodes pertinentes. Ils permettent aussi de livrer des structures de qualité tout en sécurisant les opérateurs sur chantier. La communauté du génie civil est fortement engagée dans les méthodes BIM par exemple… une telle tournure dans la conception de l’exécution des projets nécessite naturellement des coffrages modernes en lieu et place des traditionnelles planches et madriers cloués.

Les entreprises industrielles internationales qui ont été pionnières dans leur introduction au Maroc sont PERI, Alquisur et Alsina. Elles existent toujours et se développement progressivement.

Doka Maroc, filiale à 100% de Doka GmbH (Autriche) s’est installée à Skhirat en 2011 avec un dépôt logistique et bureaux loués dans une logique initiale d’importation de composants et de distribution. Bien sûr, Doka a fourni l’ingénierie et les coffrages des pylônes du pont Mohammed VI, mais à partir de ses compétences centrales en Autriche.

Jusqu’à très récemment, les principaux donneurs d’ordre en coffrages ont été les grandes entreprises amenées à réaliser des projets de grande envergure. Mais, de plus en plus, les entreprises à taille humaine saisissent les enjeux de productivité et investissent dans des parcs matériel coffrage et étaiement leur permettant d’accéder à des marchés exigeants en termes de qualité, de délai, et de sécurité.

Magazine Innovant : Quelles sont les innovations que le secteur du coffrage a connues dernièrement ?

Les coffrages sont passés d’une logique de composants à une logique système apportant une solution adaptée à l’ouvrage à réaliser. Pour l’entreprise, les coffrages ne sont désormais plus un consommable de chantier à amortir sur un seul projet, mais des systèmes modulaires destinés à accompagner l’entreprise dans divers projets.

De nouveaux matériaux composites ont fait leur entrée dans le secteur, apportant légèreté, durabilité et qualité d’exécution.

Les habitudes de consommation des entreprises ont changé amenant les opérateurs à offrir les systèmes de coffrage en location, mais aussi en l’état usagé reconditionnés.

L’ingénierie est aussi un élément fondamental dans l’offre coffrages puisque toute offre est désormais basée sur une étude précise de plans de structure, des délais d’exécution et des contraintes au CPS. Le service d’ingénierie devient donc un élément fondamental de différenciation.

Magazine Innovant : Vous avez vécu un  »va-et-vient » entre Doka et Valotech, entre 2014 et 2017. Pourquoi cette oscillation?

En 2013, j’ai été approché par le Groupe Doka GmbH pour me porter candidat aux fonctions de Directeur Général de leur sarl Doka Maroc. A cette époque, un Manager allemand était chargé de la création de la plateforme logistique en location à Skhirat, établi les noyaux des départements logistiques, financier, commercial et ingénierie de la filiale. Cependant, les ventes étaient concentrées sur la poutrelle H20 et le contreplaqué bakelisé de coffrage. En bref, une orientation de composants neufs concentrée sur un portefeuille client étroit.

Doka Maroc devait rejoindre son concurrent de référence PERI SA dans une stratégie de développement des solutions, d’élargissement de sa base clients, de développer son canal location et aussi d’offrir des produits en l’état usagé.

Pour ce faire, j’ai mis en place une équipe compétente issue de l’ingénierie marocaine, une structure de reconditionnement des coffrages en ateliers modernes et une force de vente technico commerciale de profils d’ingénieurs à même de comprendre les contraintes et les besoins des chantiers et s’y répondre de manière efficace. Le chiffre d’affaire a été multiplié par 3.

Courant 2017, une réorganisation régionale au niveau Afrique a amené les décideurs du groupe Doka à externaliser une large partie de sa présence directe et donc à la fermeture de l’infrastructure louée au Maroc, mais aussi dans plusieurs pays de la région.

C’est dommage et incompréhensible d’un point de vue local, mais les motivations et décisions des groupes internationaux sont parfois difficiles à saisir.

Magazine Innovant : Etes-vous satisfait dans vos fonctions de gérance au sein de Valotech ?

Sur le plan personnel, cela a été l’occasion de réaliser de beaux projets avec des partenaires de choix comme la Tour CFC avec Bymaro, mais aussi de participer à la modernisation d’entreprises de taille plus modestes mais prometteuses en changeant leurs habitudes constructives voir définitivement leurs approches traditionnelles de leurs projets.

Personnellement, en ce qui concerne cette expérience, j’en ressors avec une conclusion majeure : nous avons besoin de développer notre propre industrie des coffrages notamment avec notre ouverture industrielle sur l’Afrique. C’est un secteur stratégique que nous ne pouvons pas laisser au bon vouloir d’instances commerciales extérieures et qui touche un secteur sensible.

Nous devons privilégier les entreprises qui investissent en assets au Maroc, garantie de leur présence et de leur pérennité. On ne peut pas se permettre, pour une activité si importante, d’admettre une présence locative en import et distribution sans garantir les lendemains.

Après Novembre 2017, j’ai réintégré Valotech pour continuer son développement et y reprendre la gérance.

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