Déficit dans les grands barrages et dans la réserve en eaux souterraines : Quelle stratégie ?

Face à la situation difficile des ressources hydriques qui ne cesse de s’aggraver, le développement de l’offre en eau et la promotion des eaux non-conventionnelles, constituent désormais des axes incontournables de la nouvelle politique de l’eau au Maroc, au-delà de l’économie d’eau faisant appel à une bonne gestion de la demande en eau.

Il est à rappeler que le stock au niveau des grands barrages et la réserve en eaux souterraines ont été impactés, et ce depuis 2015, à cause d’une succession d’années de sécheresse ayant engendré un déficit hydrique important au Maroc.

Alors, le Maroc était dans l’obligation de sécuriser l’approvisionnement en eau potable et de sauvegarder l’irrigation, surtout dans les grands périmètres hydrauliques. D’où l’élaboration du Programme National d’Approvisionnement en Eau Potable et d’Irrigation 2020-2027 (PNAEPI 2020-2027) qui a été préparé suite aux Hautes Orientations Royales. Cependant, des ajustements ont été apportés au PNAEPI 2020-2027 et le coût du programme a passé de 115 Milliards de Dh à 143 Milliards de Dh. D’autant plus qu’une nouvelle loi sur l’eau 36-15 a été élaborée dans le cadre d’une large concertation nationale et régionale.

Les Marocains doivent savoir que les apports pluviométriques moyens annuels sur l’ensemble du territoire sont évalués annuellement à environ 3 140 Milliards de m3 et les ressources en eau naturelles moyennes sont évaluées à 3 22 Milliards de m3 /an, soit l’équivalent de 606 m3/ hab/ an en 2023.

L’analyse des données internationales réalisée par l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) montre que sous l’effet de l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre et de la chaleur accumulée, les huit dernières années ont été les plus chaudes, jamais enregistrées au niveau mondial, surtout en 2016, 2019, et 2020.

Et pour la première fois, en 2022, les concentrations moyennes mondiales de dioxyde de carbone (CO2), le gaz à effet de serre le plus important, ont dépassé de 50 % les valeurs préindustrielles. Elles ont continué à augmenter en 2023.

Il faut savoir aussi que l’activité humaine accélère le réchauffement climatique et entraîne des précipitations de plus en plus intenses. Sous forme de pluie, de grêle ou de neige, elles créent des inondations, des glissements de terrains, des pertes agricoles et autres dégâts aux quatre coins de la planète.

« A mesure que l’air se réchauffe, la quantité d’humidité qu’il peut contenir s’accroît. Lorsqu’une tempête se forme, elle a donc plus d’eau à disposition dans l’atmosphère, et les précipitations sont plus fortes », explique Gavin D. Madakumbura premier auteur de l’étude et chercheur en hydro-climatologie à l’université de Californie (UCLA). Et comme le changement climatique influe sur les grands cycles hydrologiques de la planète, l’écart devrait également se creuser entre les deux extrêmes : de l’autre côté, les sécheresses deviennent, elles aussi, plus longues et plus intenses.

Entre les deux extrêmes, sécheresses longues et intenses et précipitations fortes, notre agriculture se perd dans tous les cas et les dégâts enregistrés sont incommensurablement grand et irrémédiablement imposés.  

Au Maroc, une stratégie pour l’économie d’eau et sa valorisation en agriculture irriguée parait comme étant une aberration. Ce qui est paradoxal, c’est que pour atteindre l’amélioration du revenu agricole, il faut que cette stratégie réussisse.

Selon le gouvernement marocain, cette stratégie se base sur l’amélioration du service de l’eau d’irrigation, le renforcement et l’adaptation du système de financement et d’incitation à l’économie d’eau, l’amélioration de l’aval agricole sous tous ses aspects (organisation, partenariat, contrats de cultures, etc.), et le développement d’un conseil de proximité en matière de conception des systèmes d’irrigation économes d’eau et d’appui à l’amélioration de la productivité.

Selon toujours notre gouvernement, l’objectif ultime étant une gestion conservatoire et durable des ressources en eau, une agriculture irriguée durable et un renforcement de son rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du pays.

Il est à rappeler que le Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) s’inscrive dans les mesures transverses du Plan Maroc Vert, visant en effet à atténuer la contrainte hydrique, considérée comme le principal facteur limitant à l’amélioration de la productivité agricole. Ce programme consiste en une conversion massive de l’irrigation de surface et par aspersion à l’irrigation localisée, sur une superficie de près de 550.000 ha pendant une période de 10 ans ; soit un rythme d’équipement moyen de près de 55.000 ha/an.

Une solide infrastructure de mobilisation des ressources en eau conventionnelles est aujourd’hui mise en œuvre.

Alors, pour les eaux de surface, le Maroc dispose aujourd’hui d’un patrimoine de 152 grands barrages d’une capacité de stockage de 319,9 milliards de m3.

Et dans un souci d’équilibre interbassins, 16 ouvrages de transfert d’eau d’une longueur totale de près de 785 Km et d’une débitance de 346 m3/s ont été réalisés.

Pour les eaux souterraines, la mobilisation des ressources en eau souterraine se traduit par la réalisation de milliers de puits et de forages.

Il s’agit ici d’un effort considérable et louable qui a été réalisé par le gouvernement marocain sous la conduite éclairée de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour garantir l’eau à boire aux habitants marocains et pour irriguer l’agriculture nécessaire à ce pays, quel que soit le climat météorologique annoncé, une température chaude extrême ou des précipitations intenses liquides (bruine, pluie) ou solides (grésil, grêle, neige)

L’agriculture irriguée : entre sécheresse intense et précipitations démesurées

Le gouvernement marocain considère l’agriculture irriguée comme étant une composante de l’économie nationale et régionale et un levier de production de richesses et de création d’emplois.

En effet, l’agriculture irriguée au Maroc, bien qu’elle n’occupe que 15 % des superficies cultivées contribue à environ 45 % en moyenne de la valeur ajoutée agricole et intervient pour 75 % des exportations agricoles. Cette contribution est plus importante pendant les années de sècheresse où la production des zones Bour est sévèrement affectée.

En principe, le secteur irrigué contribue en moyenne à hauteur de 99% pour la production de sucre, 82% pour les cultures maraîchères, 100% pour les agrumes, 75% pour les fourrages et 75% pour le lait. Cependant, on ne sait pas si ces données sont valables jusqu’aujourd’hui.

Les revenus des agriculteurs ont été améliorés grâce à l’avènement de l’irrigation, selon les périmètres, le désenclavement et l’accès aux autres services publics communaux comme l’eau potable, l’électrification, etc.

Il est à rappeler que la mobilisation active de tous les acteurs autour de la nouvelle stratégie Plan Maroc Vert a positionné le secteur agricole au centre de l’économie en tant que moteur de la croissance et a permis au secteur agricole de résister à la crise financière internationale.

En effet, la surface des terres irriguées au Maroc avoisine 1.6 millions d’hectares dont 1.46 millions d’hectares irrigués d’une manière pérenne répartis en Grande Hydraulique (GH) 682 600 ha, en Petite et Moyenne Hydraulique, y compris les oasis, (PMH) 334 130 ha et en Irrigation Privée (IP) 441 430 ha (AGR, 2009). L’agriculture irriguée marocaine qui n’occupe que 15% de la surface agricole utile totale, contribue à environ 45% de la valeur ajoutée agricole en année moyenne, et jusqu’à 70% en année sèche. Elle produit en valeur 75% des exportations agricoles.

Pour dire que l’importance de ce levier Irrigation dans la stratégie de développement économique du Maroc est vraiment significative. Pourtant, une baisse de la pluviométrie accompagnée de l’accroissement de la demande en eau des différents secteurs ont fait que le Maroc ne dispose que d’un volume d’eau mobilisable de 22 milliards de m3/an, soit environ 700 m3/habitant/an (606 m3/hab/ an, aujourd’hui). Ce bilan divise l’opinion des experts en deux constats : Ceux qui parlent d’une situation de stress hydrique structurel. Tandis que d’autres évoquent le problème de gestion rationnelle et d’économie d’eau.

Pour faire face à ce défi, le Royaume du Maroc a mis en marche le Programme National d’Économie et de Valorisation de l’Eau en Irrigation tout en s’inscrivant dans la volonté politique du Plan Maroc Vert de faire de l’Agriculture un pilier de la croissance de l’économie marocaine.

L’objectif du PNEEI est de doubler la valeur ajoutée par unité d’eau, notamment en modernisant les réseaux collectifs d’irrigation et en reconvertissant en irrigation localisé 555 000 ha dans les périmètres de Grande Hydraulique et les zones d’irrigation individuelle privée, par des mécanismes de soutiens et d’incitations de l’état aux investissements d’économie d’eau. Aussi, des projets de reconversion sont déjà mis en œuvre.

Dans ce contexte, la nouvelle stratégie relative au secteur agricole, appelée « Génération Green 2018-2030 » est élaborée pour renforcer d’autres programmes, s’inscrivant ainsi dans la continuité, notamment le programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation, le programme intégré d’appui et de financement des entreprises et la feuille de route pour le développement de la formation professionnelle.