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L’innovation dans le domaine agricole

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Les systèmes d’innovation des petits exploitants agricoles diffèrent des systèmes d’innovation agricole plus « formels », ce qui laisse à s’interroger sur les types de politiques publiques mises en place pour encourager l’innovation dans le domaine agricole.

Les petits exploitants agricoles : Quelles innovations ?

Les systèmes d’innovation des petits exploitants agricoles se caractérisent par l’élargissement du champ de l’innovation qui dépasse largement l’élaboration de nouveaux outils et de nouvelles techniques visant à améliorer la productivité, la rentabilité ou la durabilité des exploitations, par le fait que les petits exploitants agricoles innovent moyennant des réseaux informels de relations socioéconomiques. Au-delà, ils sont encouragés à innover pour plusieurs raisons dont la possibilité de participer aux marchés commerciaux.
Les stratégies conventionnelles visant à favoriser l’innovation dans le domaine agricole portent essentiellement sur la mise en place et en œuvre des mesures qui comprennent généralement l’établissement de solides régimes de droits de propriété intellectuelle, la garantie d’un libre accès aux marchés et l’augmentation du taux d’adoption des technologies chez les agriculteurs. Ces mesures sont destinées aussi à encourager le secteur privé à investir. D’autant plus que des stratégies alternatives pourraient s’avérer plus adéquates et efficaces pour stimuler l’innovation de terrain pratiquée par les agriculteurs.
Les petits exploitants agricoles, y compris les pêcheurs, les habitants des forêts et les pasteurs, fournissent entre 50 et 70 % de l’alimentation mondiale (selon FAO). Les systèmes des petites exploitations agricoles sont caractérisés par leur taille modeste, leur dépendance vis-à-vis de la main-d’œuvre familiale, leur faible utilisation d’intrants externes et la diversité des pratiques de gestion agricole et des stratégies relatives aux moyens d’existence employées en vue de s’adapter aux conditions environnementales et socio-économiques locales.
Les petits exploitants agricoles adaptent leurs pratiques de gestion agricole et améliorent de façon active l’agrobiodiversité en fonction de l’évolution des conditions. Ces méthodes représentent la majorité des innovations agricoles depuis la naissance de l’agriculture. Grâce à une connaissance approfondie des paysages naturels, les agriculteurs se livrent en permanence à des expérimentations, tout en observant les subtils changements qui surviennent au fil du temps. Ils intègrent de nouvelles variétés et technologies dans leurs pratiques de gestion, en mariant les différents systèmes de connaissances, tout en prenant des décisions en fonction des préférences culturelles et des contextes locaux.
Malgré son importance, l’innovation mise en œuvre sur le terrain n’est pas suffisamment reconnue dans le monde universitaire ou dans les forums internationaux. L’innovation agricole est le plus souvent associée à l’élaboration et au transfert de technologies au profit des agriculteurs (innovation pour les agriculteurs) ou, plus récemment, à la participation des agriculteurs aux projets de recherche et développement visant à améliorer la pertinence et l’utilité des produits de l’innovation (innovation avec les agriculteurs). L’innovation des petits agriculteurs n’est pas bien documentée et ne figure pas dans les études conventionnelles sur l’innovation. Les efforts visant à mesurer l’innovation des agriculteurs en l’absence d’interventions extérieures en sont à leurs balbutiements. Les évaluations de la qualité du soutien actuellement à la disposition des petits exploitants agricoles innovants sont également limitées, car il est de plus en plus difficile d’isoler les capacités des agriculteurs à innover. En effet, les organisations mondiales jouent un rôle toujours plus visible et puissant dans la recherche participative (innovation avec les agriculteurs). Des recherches supplémentaires basées sur les faits doivent être menées pour mettre en lumière les contributions des agriculteurs innovants à la sécurité alimentaire, à l’amélioration des conditions de vie et à la résilience des écosystèmes agricoles.

Le concept d’innovation dans le domaine agricole, selon les instances internationales auprès des Nations Unies

Les systèmes d’innovation prennent des configurations différentes en tenant compte de plusieurs paramètres, notamment le pays, l’intensité en capital de l’agriculture, la forte consommation d’intrants et l’accès des agriculteurs à ces ressources. Dans le monde, l’activité des petits exploitants agricoles dépendent des conditions socio-économiques, politiques et environnementales très diverses. Les différences dans la dotation de ressources et dans les droits d’accès, dans les relations de travail et dans les appartenances religieuses et ethniques contribuent aux inégalités en termes de relations de pouvoir, de conditions de vie et de sécurité alimentaire, à la fois au sein des communautés et entre elles. D’autant plus que l’innovation est à la fois un processus et un produit.
L’innovation des petits exploitants agricoles inclut :

1. L’innovation technique et institutionnelle.

L’innovation technique se réfère à l’élaboration de nouveaux outils, techniques et variétés, ce qui est le plus souvent associé au terme innovation. L’innovation institutionnelle, elle, se réfère aux changements dans les relations entre les acteurs, à la fois au sein des communautés et entre les agriculteurs et les partenaires d’appui. L’innovation institutionnelle peut augmenter la portée des innovations techniques en facilitant la diffusion de ces dernières sur des zones plus importantes, ou contribuer à leur impact sur le long terme en créant les conditions nécessaires à leur utilisation durable, comme des mécanismes de gestion des ressources et de résolution des conflits, ou des coopératives de producteurs qui permettent d’atténuer les risques liés à la production . Les innovations institutionnelles sont souvent peu coûteuses et à faible risque, mais elles ne sont pas toujours reconnues par les chercheurs et scientifiques du secteur formel.

2. L’application des savoirs locaux (traditionnels) à des circonstances en évolution.

Les savoirs locaux incluent les réflexions, la sagesse, les idées et les perceptions, les connaissances environnementales et ethnobotaniques, ainsi qu’une compréhension de ce qui a fonctionné par le passé et dans quelles conditions. Il ne s’agit pas d’un regroupement statique de façons d’être et de faire, mais d’un ensemble dynamique de savoir-faire, de pratiques et de compétences. Le savoir local échangé par le biais de réseaux est appliqué et modifié de façon sélective par les agriculteurs qui font face à des circonstances particulières et en constante évolution. Ce processus leur permet d’affronter des problèmes immédiats et de préparer des solutions pragmatiques et pertinentes en fonction de leurs situations respectives.

3. Le maintien, l’utilisation et le développement de l’agrobiodiversité et des pratiques de gestion agricole.

La diversité permet aux agriculteurs d’atténuer les risques (par exemple, en diversifiant leur base de ressources) et facilite l’adaptation aux conditions en évolution (par exemple, en changeant les plantes et les variétés cultivées, le lieu et la période). Voici quelques exemples d’innovations mises en œuvre par les petits agriculteurs grâce à l’utilisation et au développement de la diversité :
• Introduction de nouvelles variétés dans les jardins potagers;
• Participation à des réseaux informels d’échange de semences, à des foires aux semences et à des banques communautaires de semences;
• Utilisation novatrice d’aliments et de médicaments sauvages et autochtones;
• Utilisation de techniques; traditionnelles de préservation, de stockage et de traitement des aliments pour satisfaire les normes de sécurité alimentaire et accéder à de nouveaux marchés;
• Pratique de traditions culinaires, nouvelles traditions gastronomiques et mouvements de culture alimentaire locale.

4. L’adaptation aux pressions environnementales et socioéconomiques.

L’adaptation est étroitement liée à l’innovation. Il s’agit d’un processus continu et progressif permettant aux communautés de répondre à des conditions socioéconomiques, technologiques ou environnementales en évolution. Le changement climatique et la dégradation de l’environnement sont des moteurs importants de l’innovation sur le terrain, en particulier pour les pauvres qui habitent dans des zones marginales et dont les conditions de vie dépendent des ressources naturelles.

5. L’adaptation des technologies « modernes » aux besoins locaux spécifiques.

Les agriculteurs expérimentent en permanence les biens, les services et les technologies développés ailleurs, en vue de les adapter aux contextes locaux. Les scientifiques du secteur formel ont souvent sous-estimé le temps, les ressources et l’expertise nécessaires pour sélectionner les différentes technologies (par exemple, en réalisant des essais sur le terrain) et pour les adapter aux conditions, à la dotation en ressources et aux préférences locales. Les nouvelles technologies, qui ne sont pas largement adoptées, pourraient s’avérer moins efficaces que les techniques existantes, ou encore inadaptées à un contexte particulier.

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