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Marrakech : Les Conversations Citoyennes interrogent les modèles urbains africains

Des spécialistes de l’urbanisme, architectes, élus, entrepreneurs et citoyens se sont réunis samedi à Marrakech dans le cadre de la 8e édition des Conversations Citoyennes pour débattre des profondes mutations urbaines que connaît le continent africain et de leurs impacts sur la vie quotidienne des habitants.

Inscrite dans une réflexion engagée depuis quatre ans autour des transformations urbaines en Afrique, cette édition a mis l’accent sur la nécessité de repenser les modèles dominants et de replacer les savoirs locaux ainsi que les usages quotidiens au cœur des politiques de la ville.

Organisée par l’association « Je m’engage pour l’Afrique » (JMA), en partenariat avec l’association Turāth, sous le thème « Fabriquer la ville depuis l’Afrique : défis, savoirs locaux et modèles endogènes », la rencontre a favorisé un dialogue croisé entre acteurs académiques, institutionnels et professionnels engagés dans la réflexion sur l’avenir des villes africaines.

Intervenant à cette occasion, Oumaima Mhijir, entrepreneure sociale et CEO de l’ONG Jadara, a souligné que l’un des principaux défis des villes africaines reste la lutte contre l’exclusion sociale et la promotion de l’égalité des chances, notamment à travers l’accès à une éducation de qualité. Rappelant que l’Afrique compte aujourd’hui plus de 72 millions de jeunes NEET (ni en emploi, ni en éducation, ni en formation), elle a appelé à la mise en place de réponses innovantes et inclusives pour faire face à ce défi structurel.

De son côté, Oumaima El Idrissi, membre du Conseil de la ville de Casablanca, a estimé que la qualité de vie dans les métropoles africaines dépend étroitement de la pertinence des systèmes décisionnels et des politiques publiques, qui doivent être fondées sur l’inclusion et l’équité. Elle a insisté sur l’importance de la justice sociale et de la justice urbaine, plaidant pour une répartition équilibrée des investissements, notamment dans la mobilité, les équipements sportifs et les infrastructures culturelles.

Pour sa part, Souad Belkeziz, architecte et présidente de l’association Turāth, a proposé une lecture ancrée dans le patrimoine et les dynamiques locales, évoquant le rôle central de l’eau dans l’organisation historique de la médina de Marrakech. Selon elle, la ville a été pensée selon un schéma radioconcentrique où la ressource hydraulique occupait une place structurante, garantissant une forme d’équité territoriale entre les quartiers. Elle a également mis en avant la dimension spirituelle de l’urbanisme traditionnel, visible dans l’harmonie entre l’implantation des bâtiments et l’orientation des mosquées.

L’entrepreneure Meryanne Loum-Martin, fondatrice de l’hôtel Jnane Tamsna et du Diaspora Salon à Marrakech, a insisté sur la nécessité de valoriser l’architecture et la richesse culturelle du continent, considérées comme des leviers d’attractivité, de fierté et de développement durable, tout en favorisant des passerelles entre héritage et modernité.

De son côté, le doctorant en urbanisme et aménagement Ayité Mawussi a alerté sur la croissance rapide, voire explosive, que connaîtront les métropoles africaines dans les prochaines années. Cette dynamique démographique, a-t-il souligné, exigera une anticipation stratégique et des modèles de développement adaptés afin de répondre aux défis liés à l’inclusion sociale, à l’accès aux services et à la durabilité.

Enfin, Agnès Guillard, membre du Conseil d’administration de JMA, a rappelé la vocation de l’association : donner la parole aux jeunes, valoriser leurs idées et les accompagner en tant qu’acteurs du changement, notamment à travers la formulation de recommandations sur des enjeux majeurs tels que la croissance, la durabilité et l’engagement citoyen.

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