Le Maroc change d'échelle dans ses investissements stratégiques. Réuni lundi à Rabat sous la présidence de la ministre de l'Économie et des Finances, Nadia Fettah, le Conseil d'administration de l'Office National de l'Électricité et de l'Eau Potable (ONEE) a approuvé un plan d'équipement 2026-2030 de 248,1 milliards de dirhams, destiné à accélérer la transition énergétique, renforcer la sécurité hydrique et moderniser les infrastructures nationales.
Présenté par le directeur général de l'ONEE, Tarik Hamane, ce programme constitue l'une des plus importantes feuilles de route d'investissement jamais engagées par l'établissement public. Il traduit la volonté du Royaume d'anticiper la hausse continue de la demande en électricité et en eau, tout en consolidant son modèle de développement bas carbone.
Une stratégie articulée autour de l'énergie et de l'eau
Sur l'enveloppe globale, 206 milliards de dirhams seront consacrés au secteur de l'électricité, tandis que 42,1 milliards de dirhams financeront les projets liés à l'eau potable. Fait marquant, près de 72 % des investissements seront assurés par le secteur privé, confirmant l'accélération des partenariats public-privé dans les secteurs stratégiques.
L'ambition est double : garantir la sécurité d'approvisionnement du Royaume tout en créant les conditions nécessaires à l'accueil des futurs investissements industriels, notamment dans les filières de la décarbonation, de l'hydrogène vert et de l'électrification.
Le Maroc accélère la transition énergétique
Le cœur du programme repose sur un vaste plan de développement des énergies renouvelables.
L'ONEE prévoit d'investir 104 milliards de dirhams pour mettre en service 11,6 GW de nouvelles capacités renouvelables, auxquelles viendront s'ajouter 2,6 GW de capacités de stockage. À elles seules, ces installations représenteront près de 80 % des nouvelles capacités électriques prévues entre 2026 et 2030.
Cette dynamique permettra au Royaume de franchir, dès 2028, le cap des 52 % d'énergies renouvelables dans le mix électrique en capacité installée, avec deux années d'avance sur l'objectif national fixé pour 2030.
Un réseau électrique plus flexible
Pour absorber l'essor du solaire et de l'éolien, l'ONEE mise également sur le développement des infrastructures de flexibilité.
Le programme comprend l'installation de systèmes de stockage par batteries (BESS) totalisant 2.230 MWh, la réalisation de la station de transfert d'énergie par pompage (STEP) d'El Menzel, d'une puissance de 360 MW, ainsi qu'un important programme de centrales fonctionnant au gaz naturel, représentant 3.744 MW.
Ces infrastructures auront pour mission d'assurer l'équilibre permanent entre production et consommation, de renforcer la stabilité du réseau national et de sécuriser l'intégration massive des énergies renouvelables.
L'eau, deuxième priorité nationale
Face au stress hydrique structurel que connaît le Royaume, l'ONEE poursuit également un vaste programme destiné à sécuriser durablement l'approvisionnement en eau potable.
Les investissements porteront sur le développement du dessalement de l'eau de mer, le renforcement de l'alimentation du monde rural et la modernisation des infrastructures existantes afin d'améliorer leur rendement.
À l'issue du programme, la capacité nationale de dessalement destinée à l'eau potable dépassera 1,3 milliard de mètres cubes par an. Cette ressource couvrira 63 % des besoins nationaux, contre seulement 13 % en 2025 et moins de 8 % en 2023.
Les principales stations programmées concernent Casablanca, l'Oriental, Tanger, Souss-Massa ainsi que Guelmim-Tan Tan.
Des résultats solides en 2025
Le Conseil d'administration a également examiné les performances de l'Office au titre de l'exercice 2025.
L'année écoulée a été marquée par un niveau d'investissement soutenu qui a permis de porter la part des énergies renouvelables à 46,1 % de la puissance électrique installée, rapprochant ainsi le Royaume de ses objectifs climatiques.
La demande nationale en électricité a atteint 49 TWh, en progression de 7,4 % sur un an. Après un premier record de consommation de 7.990 MW enregistré en août 2025, un nouveau sommet historique de 8.400 MW a été franchi en juillet 2026, illustrant la forte croissance des besoins énergétiques du pays.
Dans le secteur de l'eau, l'ONEE a produit 1,417 milliard de m³ en 2025, dont 72,5 millions de m³ issus du dessalement, une filière appelée à devenir l'un des principaux leviers de sécurisation des ressources hydriques nationales.
L'Office exploite désormais 13 stations de dessalement, après la mise en service de celle de Sidi Ifni en février 2025.
Casablanca, futur géant africain du dessalement
Parmi les projets emblématiques figure la future station de dessalement de Casablanca, appelée à devenir la plus importante d'Afrique et l'une des plus grandes au monde.
Les travaux de la première phase, d'une capacité annuelle de 200 millions de m³, affichent déjà 81 % d'avancement, tandis que la capacité finale atteindra 300 millions de m³ par an. Sa mise en service est programmée pour le 1er février 2027.
Une feuille de route validée
Au-delà du plan d'équipement 2026-2030, le Conseil d'administration a également adopté le plan d'action et le budget de l'ONEE pour l'exercice 2026, approuvé les comptes de l'année 2025 ainsi que l'ensemble des résolutions inscrites à l'ordre du jour.
Pour le gouvernement comme pour l'ONEE, cette feuille de route ouvre une nouvelle phase d'investissements destinée à consolider la souveraineté énergétique et hydrique du Royaume, tout en créant les conditions nécessaires à une croissance économique durable et à l'accélération de la transition écologique.
