Au Maroc la consommation annuelle en énergie (toutes sources confondues) est de 0,5 tonnes équivalent pétrole par habitant et elle augmente de 4,3% chaque année. En ce qui concerne l’électricité, un Marocain consomme 781KWh annuellement, et augmente de 7,8% annuellement.

La réduction de la consommation énergétique de 12 % était visée par les pouvoirs publics, notamment dans les secteurs clés de développement à savoir, le bâtiment, l’industrie et le transport. Cette stratégie se concrétise par l’adoption de plusieurs lois qui se succèdent depuis 2009. 

En effet, l’efficacité énergétique constitue un axe prioritaire de l’action de l’État, visant à mobiliser l’ensemble des opérateurs et intervenants en faveur de la limite du réchauffement climatique et de la maîtrise de la demande énergétique, en perspective de réaliser une économie d’énergie de 12% à l’horizon 2020 et de 15% à l’horizon 2030.

Dans cette perspective et afin d’instaurer un cadre réglementaire et normatif régissant la performance énergétique dans le secteur du bâtiment, l’État, à travers le programme national d’EE dans le bâtiment, avec l’appui du PNUD et en concertation avec les partenaires potentiels du secteur en question, a élaboré une Réglementation thermique dans le bâtiment.

Objectifs de la réglementation thermique

L’objectif étant d’introduire des exigences minimales que doivent respecter les bâtiments à usage résidentiel et tertiaire neufs en vue d’optimiser leurs besoins de chauffage et de climatisation tout en améliorant le confort thermique, notamment les cinq exigences de résultats suivants :

  • Réduire les consommations énergétiques d’éclairage, de chauffage d’eau chaude sanitaire, de chauffage et de climatisations des bâtiments
  • Améliorer le confort thermique et visuel des occupants
  • Optimiser la conception des systèmes énergétiques
  • Inciter les ingénieurs et maîtres d’œuvre à l’utilisation des approches de conception performante des systèmes énergétiques  du bâtiment (Ventilation, ombrages, orientation par rapport au soleil, afin de favoriser au maximum l’aération et l’éclairage naturel)
  • Aider à la réalisation de diagnostics énergétiques des bâtiments existants

Pour ce faire, les décrets d’application pour la mise en œuvre de la RTBM notamment ceux se rapportant à l’enveloppe du bâtiment ont déclenché le processus de mise en œuvre de la RT. Par ailleurs, les spécifications techniques des équipements actifs du bâtiment révèlent les critères de choix de ces équipements énergétiques selon des référentiels à déterminer. Ceci concerne les équipements de:

  • Chauffage (20 degrés en hiver est la température qui permet un équilibre entre le confort thermique dans la pièce et la consommation de l’appareil), 
  • Climatisation (26 degrés en été est la température qui permet un équilibre entre le confort thermique dans la pièce et la consommation de l’appareil, 1 seul degrés en moins équivaut à 7% de consommation en plus),
  • Éclairage: (lampes à basse consommation, détecteurs de mouvement),
  • Production de l’Eau chaude sanitaire (installation de chauffe-eaux solaires labellisés, et isolation de la tuyauterie avec des matériaux, des tuyaux mal isolés pouvant causer 25% de pertes thermiques).

Pour l’achat des équipements, il est recommandé de se baser sur une étiquette énergie marocaine qui est mise en vigueur, et qui permet de sélectionner les appareils consommant le moins, de classe A++ ou supérieure, et d’éviter ceux consommant le plus, de classe G-F-E-D par exemple

En termes de vulgarisation de ces nouvelles technologies d’EE, de démonstration de la faisabilité technique et d’évaluation d’impact économique, les projets de démonstrations constituent une vitrine d’illustration des aspects opérationnels de la RTBM. 

L’appel à proposition de projets répondant aux critères d’efficacité énergétique dans le bâtiment vise l’introduction des mesures d’EE préconisées par la RTBM avec un appui financier accordé par l’UE pour couvrir les surcoûts qui en découlent.

Neuf projets de démonstration ont été sélectionnés, dont cinq sont portés par Al Omrane, deux par des hôteliers et les deux autres concernent des promoteurs privés.

L’Agence Nationale pour le Développement des Énergies Renouvelables et de l’Efficacité Énergétique (AMEE) avait lancé en partenariat avec le FEM-PNUD et la GIZ un programme d’efficacité énergétique dans le bâtiment : Règlement Thermique de Construction au Maroc

La mise en place de ce règlement (RTCM) prévoit les activités suivantes :

• élaboration des spécifications techniques du règlement thermique, puis mise en place du cadre réglementaire et normatif ;

 • mise en place d’un plan stratégique et des outils de communication adéquats pour la mobilisation et la sensibilisation des parties prenantes, notamment les administrations, les entreprises, pour l’efficacité énergétique dans les bâtiments ;

 • accompagnement et assistance technique aux professionnels et aux administrations chargés du contrôle de l’application des exigences des performances thermiques, afin de renforcer leurs capacités dans ce domaine;

• instauration d’un climat favorable aux investissements dans le domaine de l’efficacité énergétique;

 • développement et mise en œuvre d’un portefeuille de projets de démonstrations intégrant des innovations technologiques poussées.

Entre le bâtiment et son environnement: des échanges thermiques à repérer

L’ensemble des parties d’un bâtiment est soumis aux transferts thermiques, qui sont des échanges de chaleur entre le milieu chaud et le milieu froid (généralement de l’intérieur vers l’extérieur).

La connaissance et la maîtrise de ces transferts thermiques permet une gestion de la facture énergétique d’un bâtiment. La diminution de ces échanges thermiques permet de maintenir une température tempérée à l’intérieur du bâtiment en y apportant le moins d’énergie possible. Elle permet également d’orienter la conception du bâtiment dans un cadre réglementaire tout en visant un compromis entre coût énergétique et confort.

Une étude complète a pour objectif de distinguer les sources de chaleur internes et externes au bâtiment, c’est-à-dire les parties actives, des parties passives comme les surfaces extérieures, les vitres, la toiture par exemple.

La thermique du bâtiment décrit les échanges thermiques qui se réalisent entre un bâtiment et son environnement. Cette analyse va reposer sur toute une série de facteurs qui sont d’ordre environnementaux :

  • l’emplacement géographique d’un bâtiment (longitude, latitude, altitude) et les données climatiques afférentes ;
  • l’implantation générale du bâtiment : relief accidenté, rase campagne, forêt, contexte urbain ou rural
  • la nature du sol ;

Un échange de chaleur se produit entre deux milieux lorsqu’il existe une différence de température entre ces deux milieux. La chaleur se propage d’un milieu chaud vers le milieu froid par conduction, rayonnement et convection.

.L’enveloppe thermique d’un bâtiment est la surface qui sépare le volume intérieur chauffé du bâtiment de l’environnement extérieur. Elle est définie par les parois extérieures du bâtiment. C’est autour de cette enveloppe qu’opèrent les échanges de chaleur, appelés aussi transferts thermiques, qui influeront sur les besoins de chauffage ou de rafraîchissement du bâtiment.

Ainsi, pour réaliser un confort thermique, des moyens sont à mettre en œuvre tant au niveau de la conception du bâtiment (Partis architecturaux, orientation, exposition, étanchéité à l’air, protections solaires) que dans la mise en œuvre et le choix des matériaux (isolants thermiques) et systèmes et dimensionnement des chauffages et climatisation, etc.

Déterminer alors les déperditions thermiques d’un bâtiment revient à calculer les flux thermique additionnés qui traversent ses parois :

Pour les murs 

Le mur transmet la chaleur par conduction dans son épaisseur entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment. Le vent accélère l’échange thermique à la surface extérieure du mur par convection. Le Soleil chauffe le mur par rayonnement. Le mur chaud rayonne aussi la nuit vers le ciel.

Pour les fenêtres 

La vitre transmet la chaleur par conduction dans son épaisseur entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment. Le vent refroidit la vitre par convection. Le Soleil chauffe l’intérieur de la pièce à travers la surface transparente. L’intérieur de la pièce lui-même perd une partie de son énergie par rayonnement vers l’extérieur. Mais la vitre bloque une grande partie du rayonnement infrarouge émis (principe de l’effet de serre) 

Pour la toiture 

Le Soleil réchauffe le toit par rayonnement. La chaleur du Soleil est transmise à travers le toit au reste du bâtiment. Le vent refroidit le toit avec un vent frais.

Pour le plancher 

La chaleur est échangée entre le bâtiment et le sol à travers l’épaisseur de la dalle par conduction. Les échanges convectifs n’interviennent que si la dalle est située sur un vide sanitaire ventilé. Il n’y a pas d’échange par rayonnement.

Il est à noter que c’est le thermicien qui se charge du calcule des performances énergétiques des bâtiments. Le métier de thermicien énergéticien est en pleine expansion. C’est un véritable expert de l’habitat qui se charge de délivrer un rapport au client sur sa consommation d’énergie, après l’étude des matériaux, de l’épaisseur des murs, de l’isolation, de l’utilisation du bâtiment.

Réglementation thermique du bâtiment : Quelles spécifications techniques

Les experts marocains et internationaux agissant dans le pourtour méditerranéen avaient procédé à l’élaboration des spécifications techniques relatives aux exigences minimales de la réglementation thermique dans le bâtiment en particulier et dans les secteurs de l’Habitat, de l’Hôtellerie, de la sante, de l’éducation nationale et de l’administration publique, en général.

La concertation avec l’ensemble des acteurs publics et privés autour des éléments techniques de la réglementation thermique est nécessaire, voire fondamentale.

Ainsi, la méthodologie adoptée pour l’élaboration de la réglementation thermique se décline de la manière suivante :

– Elaboration du zonage climatique du Maroc

– Identification des bâtiments à simuler : résidentiel social, standing, villa économique, école, hôtel, hôpital et bâtiment public

– Analyses paramétriques énergétiques et économiques

– Définition des exigences réglementaires des bâtiments types

– Impacts énergétiques et économiques des exigences réglementaires (y compris la réduction des émissions de CO2)

– Validation des exigences & Concertation politique

– Réglementation Thermique et Énergétique

– Dispositions de mise en œuvre et de contrôle de la RT

– le benchmarking sur les RT dans la région méditerranéenne.

L’accent a été mis aussi sur les enjeux des réglementations thermiques et énergétiques des bâtiments dans la région sud méditerranéenne et dans le monde, notamment les modes d’application et moyens de vérification de la conformité et les spécifications techniques minimales des performances thermiques des bâtiments résidentiels pour chaque zone climatique.

A l’issue du processus d’élaboration de la réglementation thermique, les spécifications techniques minimales des performances thermiques des bâtiments visés se présentent comme suit :

A : limites maximales des besoins spécifiques thermiques annuels de chauffage et de climatisation en kWh/m2/an

Zone climatique                              Secteur résidentiel

Agadir Zone 1                                            40

Tanger Zone 2                                            46

Fès Zone 3                                                  48

Ifrane Zone 4                                              64

Marrakech Zone 5                                       61

Errachidia Zone 6                                       65

Les limites des besoins spécifiques thermiques annuels de chauffage et de climatisation peuvent être exprimées, en fonction des zones.

Au niveau du secteur résidentiel, l’impact de la réglementation thermique sur la réduction des besoins de chauffage et de climatisation des bâtiments (en %) se présente comme suit :

B : Économie d’énergie en % selon les six zones climatiques

Zone climatique Résidentiels (en %)

Agadir Zone 1                                39

Tanger Zone 2                               46

Fès Zone 3                                    64

Ifrane Zone 4                                64

Marrakech Zone 5                         53

Errachidia Zone 6                          50

Surcoût d’investissement :

Dans le secteur résidentiel, le respect des spécifications de la réglementation thermique implique un surcoût moyen d’environ 112 Dh/m2, soit en moyenne 3.2% du coût moyen de la construction.

Toutefois, le temps de retour pour le consommateur final varie selon les zones climatiques et catégories de logements. Les rentabilités les plus faibles sont attendues particulièrement dans les zones intérieurs (en dehors du littorale). En ce qui concerne les catégories de logements, le résidentiel collectif économique et les villas économiques dénotent la rentabilité la plus faible vis à vis de la réglementation thermique.

Gains en énergie primaire :

Les gains en énergie primaire pour le pays pourraient s’élever en moyenne à 3 kgep/m2/an. Ils varient selon les caractéristiques climatiques des zones : de 2 kgep/m2/an dans les zones, Z1 et Z2 à 7 kgep/m2/an dans la zone d’Ifrane.

Zonage climatique :

Pour le zonage climatique du Maroc destiné à la réglementation thermique dans le bâtiment, une méthodologie a été adoptée pour l’élaboration de la carte de zonage climatique, selon des données Météorologiques nationales.

En effet, cette carte de zonage est basée sur :

• Les Degrés Jour de Chauffage à base de 18°C et les Degrés Jour de Climatisation à base de 21°C ;

• La température minimale moyenne du mois le plus froid et la température maximale moyenne du mois le plus chaud ;

• Les résultats des simulations d’un bâtiment représentatifs dans 11 villes du Maroc.

Il est à noter que les degrés-jours caractérisent la rigueur d’un site climatique donné. Ils servent à estimer les consommations de chauffage et de climatisation d’une période. Ces degrés-jours sont déterminés en sommant les degrés-jours mensuels.

Pour le chauffage, le degré-jour (DJCH) se calcule en soustrayant à la température ambiante mensuelle moyenne de la température de base 18°C.

DJCH (du mois janvier) = (18 – Tmoy du mois de Janvier) x 31

Les valeurs négatives ne sont pas considérées

DJCH = Σ (des degrés-jours des 12 mois)

Pour la climatisation, le degré-jour (DJCL) se calcule en soustrayant à la température ambiante mensuelle moyenne de la température de base 21°C.

DJCL (du mois janvier) = (Tmoy du mois de Janvier -21) x 31

Les valeurs négatives ne sont pas considérées.

Il est à rappeler que les bâtiments simulés représentatifs du secteur résidentiels (bâtiment économique, moyen standing et villa économique) ont été identifiés en concertation avec le Ministère de l’Habitat et le Groupe Holding Al Omrane. D’autres paramètres d’ordre technique ont été définis tels que l’apport interne du à l’occupation et aux équipements énergétiques, la température de références du chauffage qui est fixée à 20°C et la température de consigne de climatisation de 26°C, les baies vitrées et le mode de construction de l’enveloppe pratique par les promoteurs immobiliers.